Deux signaux simultanés éclairent la complexité du climat des affaires à Madagascar en cet été 2026. D'un côté, le gouvernement multiplie les ouvertures vers les investisseurs étrangers, notamment égyptiens, à travers la mission de la Gafi (Autorité générale égyptienne pour l'investissement). De l'autre, le Groupement des entreprises de Madagascar (GEM) a suspendu en juin 2026 sa participation aux mécanismes de dialogue public-privé, un signal d'alarme sur la gouvernance économique.
L'Égypte en mission économique à Antananarivo
Une délégation de la Gafi et d'opérateurs privés égyptiens a rencontré le colonel Michaël Randrianirina pour explorer les opportunités d'investissement dans les infrastructures. Le consortium Egaad s'est particulièrement démarqué dans ces discussions, avec une ambition affichée dans les grands chantiers de développement : transports, bâtiments publics, énergie. Une dizaine d'entrepreneurs malgaches accompagnaient le chef de l'État lors de cette mission de prospection.
Les exigences de Madagascar : transfert de technologie et coentreprises
Le gouvernement malgache a fixé des conditions claires à tout partenariat étranger : des « projets complets, bien structurés et durables » avec transfert de technologie, formation du personnel local et investissement conjoint avec les entreprises malgaches. Cette exigence vise explicitement à éviter les montages où les bénéfices économiques sont captés par des acteurs exclusivement externes, sans effet d'entraînement sur le tissu local.
La tension avec le GEM : un signal préoccupant
En parallèle de cette ouverture internationale, la suspension du GEM des cadres de dialogue public-privé constitue un avertissement sérieux. Le patronat malgache exprime ainsi son exaspération face à des décisions prises sans concertation suffisante avec les entrepreneurs locaux. Cette rupture intervient alors même que le gouvernement cherche à accélérer l'exécution de ses investissements publics — avec un taux de 24,84 % au premier semestre — et à attirer des capitaux étrangers dans les infrastructures.
Pourquoi c'est important
Madagascar est à un carrefour stratégique. Les opportunités sont réelles — la BAD projette une croissance de 6 % en 2026 — mais elles ne se concrétiseront pleinement que si l'État réconcilie ouverture internationale et inclusion du secteur privé national. Sans ce dialogue restauré, les grands projets d'infrastructure risquent de générer des résistances qui en freineront l'exécution — et de reproduire le schéma des projets bien financés, mais mal livrés.