Madagascar révise sa loi sur les grands projets d'exploitation minière. Le seuil d'éligibilité passe de 50 à 100 millions de dollars, un choix qui vise à attirer les investisseurs capables de transformer les minerais localement plutôt que de les exporter bruts. Objectif affiché : 20 grands projets ouverts sous cinq ans.
Une réforme du cadre législatif de 2005
La loi sur les grands projets d'exploitation minière (LGPE), datant de 2005, n'avait jamais été révisée dans ses fondamentaux. Le gouvernement malgache a décidé d'en relever le seuil d'investissement minimum, de 50 à 100 millions de dollars, un choix délibéré pour filtrer les projets de grande envergure et exclure les opérateurs insuffisamment capitalisés.
Les avantages accordés restent substantiels : réductions fiscales, exonérations de droits de douane sur les équipements d'exploitation et dispositifs spéciaux pour les entreprises s'engageant dans la transformation locale des minerais avant exportation.
Base Toliara, fer de lance à 1 milliard de dollars
Le projet Base Toliara — extraction de minéraux lourds dans le sud du pays — illustre la catégorie visée par la nouvelle loi. L'investissement est estimé à 1 milliard de dollars, avec une capacité d'extraction proche d'un million de tonnes annuellement. Suspendu depuis 2019 pour des raisons réglementaires et sociales, il symbolise les tensions récurrentes entre ambitions minières et préoccupations communautaires.
80 % de main-d'œuvre malgache obligatoire
La nouvelle législation impose que 80 % des effectifs soient des ressortissants malgaches, limitant à 20 % le recours à une main-d'œuvre étrangère. Un mécanisme qui répond aux critiques récurrentes sur la faible retombée locale des projets miniers passés.
L'incitation à la transformation locale est l'autre pilier du texte : les entreprises qui raffinant ou transforment les minerais à Madagascar — plutôt que d'exporter des matières brutes — bénéficient d'abattements fiscaux supplémentaires.
Pourquoi c'est important
Madagascar possède l'un des sous-sols les plus riches de l'Océan Indien — nickel, cobalt, graphite, ilménite, chromite. Les recettes minières représentent une opportunité majeure de financement du développement. Mais la question centrale reste la même : comment s'assurer que la valeur ajoutée reste dans le pays ? La nouvelle loi tente d'y répondre. Son succès dépendra de la capacité de l'État à attirer des investisseurs sérieux tout en tenant ses engagements communautaires.
Sources : allAfrica, Madagascar Newsroom