Le chef de l'État malgache, le colonel Michaël Randrianirina, a réaffirmé lors de l'Africa Forward Summit de Nairobi une ambition forte : transformer localement les richesses naturelles de Madagascar avant de les exporter. Ce positionnement, qui s'inscrit dans la Déclaration de Nairobi sur la valorisation des ressources africaines, marque une inflexion majeure de la politique minière du pays.
Deux leviers pour forcer la transformation locale
Pour concrétiser cet objectif, le gouvernement envisage deux approches complémentaires. La première consiste à imposer aux investisseurs des engagements contractuels de transformation sur le sol malgache avant toute exportation. La seconde porte sur une révision du code minier pour y inscrire cette obligation de traitement local dans la loi elle-même.
Les contrats existants — notamment ceux d'Ambatovy, acteur majeur du nickel-cobalt, et de QIT Madagascar Minerals (filiale de Rio Tinto) — ne seraient pas affectés rétroactivement. Les nouvelles règles s'appliqueraient aux futurs projets, ce qui constitue un signal fort pour tout investisseur qui prospecte actuellement sur le territoire malgache.
Les conditions préalables à l'attractivité
Les acteurs économiques et les observateurs pointent plusieurs conditions indispensables pour que cette politique attire effectivement des industriels capables de transformer localement. Il faut notamment : un cadre juridique stable et des règles d'investissement claires, une électricité fiable et abordable, des infrastructures de qualité (routes, ports), un développement vigoureux des compétences locales, et une surveillance environnementale crédible.
Ces prérequis correspondent précisément aux faiblesses structurelles souvent citées pour expliquer la difficulté de Madagascar à transformer ses immenses ressources naturelles en richesse économique pérenne.
Pourquoi c'est important
Madagascar possède l'une des plus grandes réserves mondiales de nickel, de cobalt et de graphite — des minerais stratégiques dans la transition énergétique mondiale. Si le pays parvient à imposer et à rendre attractive la transformation locale, il pourrait capter une part bien plus importante de la valeur de ses sous-sols, créer des dizaines de milliers d'emplois industriels et réduire sa dépendance aux exportations de matières premières brutes. Un pari ambitieux, mais cohérent avec la tendance continentale du « Made in Africa ».