Madagascar est le premier producteur africain de graphite. Ses gisements de nickel et cobalt d'Ambatovy figurent parmi les plus importants au monde. Ses terres rares font saliver les industriels de la transition énergétique. Pourtant, l'île n'impose aucune obligation de transformation locale. Résultat : la valeur ajoutée part ailleurs.
Graphite, nickel, cobalt : des volumes qui donnent le vertige
En 2024, Madagascar a produit 85 000 tonnes de graphite (estimation 2025 : 80 000 tonnes). Le site de Molo, opéré par NextSource Materials, dispose d'une capacité de 17 000 tonnes par an, actuellement exploitée à hauteur de 11 000 tonnes. Le complexe d'Ambatovy, lui, peut raffiner jusqu'à 40 000 tonnes de nickel et 4 000 tonnes de cobalt annuellement — des capacités utilisées en-dessous de leur potentiel depuis plusieurs années.
Le projet Vara Mada introduit une nouvelle dimension avec 959 000 tonnes d'ilménite, 66 000 tonnes de zircon et 24 000 tonnes de monazite par an, sur une durée de 38 ans.
Le paradoxe de NextSource : 291 millions de dollars investis… à Abu Dhabi
C'est là que le bât blesse. NextSource Materials, exploitant du graphite malgache, a décidé d'investir 291 millions de dollars dans une usine d'anodes pour batteries — indispensable à la chaîne de valeur des véhicules électriques. Localisation choisie : Abu Dhabi. Pas Antananarivo, pas Toamasina. Même logique pour les terres rares : le traitement en oxydes s'effectue à la White Mesa facility, dans l'Utah aux États-Unis.
Pourquoi ? Madagascar « n'impose aucune exigence de transformation locale », selon les experts du secteur. Dans un contexte de compétition mondiale pour les minéraux critiques, l'île court le risque de rester une simple mine à ciel ouvert pendant que ses concurrents régionaux – Zimbabwe, République Démocratique du Congo – expérimentent des politiques de contenu local plus musclées.
Pourquoi c'est important
Les minéraux critiques sont au cœur de la transition énergétique mondiale : batteries, panneaux solaires, moteurs électriques. Madagascar est assise sur une rente extraordinaire. Mais sans politique industrielle contraignant les investisseurs à transformer sur place, l'île restera exportatrice de matières premières alors que la valeur — et les emplois — se créent à des milliers de kilomètres de ses côtes.