Madagascar se tourne vers l'Égypte pour attirer de nouveaux capitaux. Une table ronde organisée début août 2026 à Antananarivo a réuni des représentants de la GAFI (Egyptian General Authority for Investment and Free Zones) et les grandes fédérations patronales malgaches, dans un contexte de besoin urgent d'investissements structurants pour l'île.
Des projets « complets, structurés et durables »
Le chef de l'État malgache, le Colonel Michaël Randrianirina, a accueilli la délégation égyptienne en fixant d'emblée la barre : Madagascar n'est pas à la recherche de simples financements. L'île veut des « projets complets, bien structurés et durables ». Autrement dit, des partenaires qui s'impliquent dans la durée — et pas des investisseurs passagers.
Trois secteurs prioritaires ont été mis en avant lors des discussions : l'énergie, les infrastructures logistiques, et les grands projets structurants capables de répondre aux défis systémiques du pays. L'Égypte, dont la GAFI a développé une expertise reconnue dans l'accompagnement des investissements vers l'Afrique, constitue pour Antananarivo un partenaire potentiellement stratégique dans ces domaines.
Un cahier des charges exigeant pour les investisseurs
Le gouvernement malgache a posé des conditions claires aux futurs partenaires : transfert de technologie, formation des personnels locaux, création d'emplois décents, coopération avec les entreprises malgaches et respect des normes environnementales et fiscales. Une approche qui tranche avec les accords passés parfois critiqués pour leur manque de retombées locales.
Le Groupement des entreprises de Madagascar (Gem) et le Groupement des entreprises franches et partenaires (GEFP), les deux principales fédérations patronales, étaient associées aux discussions. Leur présence témoigne d'une volonté d'articuler l'investissement étranger avec l'appareil productif local existant.
Un secteur privé sous tension en toile de fond
La table ronde se tient dans un contexte de vives tensions entre l'État et le secteur privé national. Le Gem avait suspendu sa participation aux mécanismes de dialogue public-privé fin juin, invoquant un « déni de justice prolongé ». Le GEFP, pour sa part, avait alerté début juillet sur le risque de voir 200 000 emplois directs menacés par l'instabilité réglementaire et la montée des obligations fiscales depuis 2023. La réceptivité aux capitaux étrangers doit donc se lire dans ce contexte de fragilité du tissu entrepreneurial malgache.
Pourquoi c'est important
La diversification des partenariats économiques de Madagascar est une nécessité. Le renforcement des liens avec les pays arabes du Nord — l'Égypte après les récentes ouvertures vers les Émirats arabes unis — offre à la Grande Île de nouvelles routes de capitaux et de technologies. Pour les entrepreneurs de l'Océan Indien, ce mouvement dessine un Madagascar de plus en plus connecté aux flux d'investissement africains et méditerranéens : un marché à surveiller de près.