Le gouvernement malgache a adopté une loi de finances rectificative (LFR) pour le second semestre 2026, supprimant les exonérations fiscales sur le riz importé et les vêtements d'occasion. L'objectif est clair : dégager des recettes supplémentaires pour relancer un programme d'investissement public dont l'exécution reste alarmante. La mesure intervient dans le cadre de la première revue budgétaire tenue depuis six ans — un signal en lui-même sur la profondeur des défaillances de gouvernance.
Des taux d'exécution qui donnent le vertige
Les chiffres du premier semestre 2026 sont éloquents. Sur les 6 875,87 milliards d'ariary de financement externe programmés pour le programme d'investissement public (PIP), seuls 8,84 % ont été effectivement décaissés — soit 608,53 milliards d'ariary. La situation est légèrement meilleure pour le financement intérieur (24,84 % exécutés), mais l'infrastructure financée en interne accuse elle-même un retard significatif, avec seulement 32,41 % de taux d'exécution sur les travaux programmés.
Le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison a déclaré lors de la revue que « l'exécution budgétaire pour les investissements dans les infrastructures est très faible » tout en signalant que des réalisations concrètes ont néanmoins été enregistrées. Le ministre des Finances, le Dr Herinjatovo Aimé Ramiarison, a pointé des délais procéduraux et des processus de compensation des populations déplacées comme principaux obstacles au décaissement.
Le coût de l'inaction : 2 % du PIB par an
Le ministère des Finances a rappelé un chiffre clé : le mauvais état des routes coûte à Madagascar environ 2 % de son PIB chaque année en pertes de productivité et de compétitivité agricole. À titre de contexte, les recettes fiscales avaient reculé de 10 % au T1 2026 par rapport à 2025, avant de se redresser de 6 % au deuxième trimestre. Les cyclones Fitia et Gezani ont par ailleurs endommagé des infrastructures récemment construites, aggravant le besoin de financement.
Pourquoi c'est important
La suppression des exonérations sur le riz et les vêtements d'occasion représente un choix politique sensible — ce sont des produits de première nécessité pour une large partie de la population malgache. Mais le gouvernement parie que l'augmentation des recettes fiscales permettra de débloquer des projets d'infrastructure dont la valeur économique dépasse largement le coût social des mesures. La vraie question reste celle de l'absorption : sans réforme des procédures de décaissement et de passation des marchés, davantage de recettes ne garantit pas davantage de routes bitumées.