[MADAGASCAR] Jirama : délestages, sabotage suspecté et crise de gouvernance énergétique

Délestages de 45 min à Antananarivo, 2h à Toamasina. À Antsirabe, la Jirama soupçonne un sabotage délibéré après 4 jours de blackout consécutifs. Une crise énergétique qui fragilise l'investissement et met la pression sur les réformes attendues par la Banque mondiale.

Madagascar — Business.OI
Photo : Noureddine Belfethi / Pexels

Depuis le début du mois de juillet 2026, quatre grandes villes de Madagascar subissent des coupures d'électricité à répétition. Antananarivo, Toamasina, Antsiranana et Antsirabe sont touchées. À Antsirabe, la situation a franchi un cap : la Jirama, la compagnie nationale d'eau et d'électricité, soupçonne des actes de sabotage délibérés derrière quatre jours consécutifs de blackout.

Quatre villes sous délestage tournant

À Antananarivo, les abonnés du Réseau Interconnecté d'Antananarivo (RIA) subissent des coupures tournantes de 45 minutes par quartier. À Toamasina, les interruptions atteignent deux heures par zone. Les causes officielles sont multiples : panne du générateur DG2 à la centrale Afripower-Mandroseza, turbine à combustion TAC 1 hors service, et production solaire réduite par la couverture nuageuse. À Antsiranana, le prestataire privé Enelec n'a livré que 1,6 MW — contre 4,2 MW contractuels — en invoquant des retards de maintenance accumulés du fait d'arriérés de paiement de la Jirama.

La piste du sabotage à Antsirabe

À Antsirabe, après quatre jours consécutifs de coupures, la Jirama a franchi un cap dans ses déclarations publiques : l'entreprise soupçonne des «actes de sabotage» délibérés. Une enquête a été ouverte. Le gouvernement a adressé à Enelec un ultimatum d'une semaine pour rétablir l'alimentation à Antsiranana et a livré deux groupes électrogènes de 500 kW pour renforcer la capacité de production sur le réseau d'Amporaha.

Pourquoi c'est important

L'énergie reste l'un des premiers obstacles à l'investissement privé à Madagascar. Avec un taux d'électrification en milieu rural inférieur à 20 %, la Jirama est sous pression permanente pour assurer l'alimentation des zones urbaines économiquement actives. Les délestages répétés pèsent directement sur la productivité industrielle — textile, agroalimentaire, mines — et fragilisent la confiance des opérateurs étrangers. La Banque mondiale, qui a alloué 225 millions de dollars au pays en 2026, conditionne une partie de ses décaissements à des réformes du secteur énergétique. La récurrence de ces crises rend ces réformes plus urgentes que jamais.

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