Le Fonds monétaire international a retiré le dossier malgache de son ordre du jour le 17 juillet 2026, bloquant 183 millions de dollars d'aide budgétaire. En cause : la décision d'Antananarivo de plafonner les prix du carburant lors d'un Conseil des ministres extraordinaire, à rebours des exigences du Fonds.
Un Conseil des ministres qui a tout changé
Le 17 juillet 2026, le gouvernement malgache décrète l'état d'urgence énergétique et fixe un plafond sur les prix à la pompe. Ce même jour, le FMI devait examiner les 3e et 4e revues combinées de la Facilité élargie de crédit (FEC) et de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD). Le dossier est retiré de l'ordre du jour. Résultat : 183 millions de dollars d'aide budgétaire restent bloqués.
Le nœud gordien : le mécanisme d'ajustement automatique
Le FMI exige que Madagascar maintienne un « mécanisme d'ajustement automatique des prix des carburants », alignant les prix intérieurs sur les marchés internationaux du pétrole et les fluctuations de change. Le plafonnement gouvernemental viole directement ce principe. La limite de 200 ariary par cycle d'ajustement, qui avait été acceptée sous les précédentes négociations, est désormais unilatéralement suspendue.
Ce n'est pas la première fois : un report similaire avait eu lieu en décembre 2024, avant qu'un accord soit trouvé. Le précédent gouvernement avait chuté, en partie à cause de la flambée des prix du carburant. La sensibilité politique est donc extrême.
Le gouvernement joue l'apaisement
Du côté du ministère des Finances, le ton est à la sérénité affichée. « La trésorerie publique est soutenable. Tous les indicateurs sont positifs », assure une source officielle. Antananarivo indique que le FMI n'est « pas contre » l'initiative, mais demande simplement des informations complémentaires sur son financement. Les autorités s'attendent à ce que le dossier soit réexaminé « dans les prochaines semaines ».
Reste que l'absence de ce décaissement crée une incertitude sur la capacité de l'État à honorer ses engagements budgétaires du second semestre 2026, dans un contexte où le taux de décaissement des financements extérieurs reste structurellement faible.
Pourquoi c'est important
183 millions de dollars, c'est une part non négligeable des recettes extérieures de Madagascar. Chaque report du FMI envoie un signal aux autres bailleurs de fonds — Banque mondiale, Union européenne, bailleurs bilatéraux — et peut déclencher un effet domino sur les programmes d'aide conditionnelle. Pour un pays dont la croissance est projetée à 6 % en 2026 (BAD), perdre l'ancrage institutionnel du FMI reviendrait à fragiliser précisément la trajectoire que les investisseurs étrangers observent. Le bras de fer carburant-FMI n'est pas seulement budgétaire : il teste la crédibilité réformiste d'Antananarivo à un moment charnière.