[MADAGASCAR] FMI : 183 millions de dollars en suspens — Antananarivo refuse de libéraliser les prix du carburant

Le FMI suspend 183 millions de dollars de décaissements faute d'accord sur le gel des prix du carburant. Antananarivo tient bon pour préserver la stabilité sociale, au risque de fragiliser ses finances publiques.

Madagascar — Business.OI
Photo : Pixabay / Pexels

Le bras de fer entre Madagascar et le Fonds monétaire international s'intensifie. Le gouvernement malagasy refuse de renoncer au gel des prix à la pompe, une condition posée par le FMI pour débloquer 183 millions de dollars attendus au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC) et de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD).

Un seul point de blocage, mais un blocage majeur

Le ministre des Finances, Rindra Hasimbelo Ramaroson, a été explicite : « C'est sur ce seul point que l'État et le FMI ne s'accordent pas. » Depuis plusieurs mois, Antananarivo refuse d'activer le mécanisme d'ajustement automatique des prix du carburant, jugé trop risqué dans un contexte social fragile. La grande île craint qu'une hausse brutale à la pompe ne déclenche une flambée inflationniste et une instabilité politique difficile à contenir.

Le gouvernement avance un argumentaire solide : « Madagascar ne peut pas se permettre une forte inflation, qui risquerait d'entraîner une crise. » Une position compréhensible pour un pays dont le PIB par habitant reste parmi les plus faibles du continent, mais qui fragilise sa relation avec ses bailleurs institutionnels.

183 millions de dollars inscrits au budget

Le problème est comptable autant que politique. Les 183 millions de dollars bloqués sont déjà intégrés dans le budget de l'État pour 2026. Leur non-décaissement crée une tension sur la trésorerie publique et risque de retarder des projets d'investissement déjà engagés. La Grande Île avait pourtant reçu un signal positif en février 2025, quand le FMI avait versé 101 millions de dollars après une longue suspension similaire.

Selon les informations disponibles, un nouvel examen du dossier est attendu fin août, laissant une fenêtre de négociation ouverte. Des discussions sont en cours pour trouver un compromis acceptable par les deux parties — sans que l'on sache encore si Antananarivo cédera sur le mécanisme de prix ou si le FMI assouplira ses conditions.

Pourquoi c'est important

Ce bras de fer illustre la tension chronique entre les impératifs de discipline budgétaire imposés par les institutions internationales et la réalité politique des pays en développement. Pour Madagascar, dont la croissance est projetée à 6 % en 2026 (Banque africaine de développement), l'enjeu est double : préserver la stabilité sociale tout en maintenant l'accès aux financements extérieurs qui financent une part significative de son budget d'investissement. L'issue de cette négociation servira de signal pour d'autres pays africains confrontés aux mêmes injonctions contradictoires.

Sources : L'Express de Madagascar, AllAfrica, Madagascar Tribune — août 2026.

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