Le chef de l'État malgache a rencontré à Alexandrie les responsables de la General Authority for Investment and Free Zones (GAFI) pour ouvrir un nouveau couloir d'investissement Africa-Africa. Mais le contexte interne reste tendu : le principal syndicat patronal a suspendu le dialogue public-privé, et 200 000 emplois seraient menacés selon le GEFP.
Une diplomatie économique tournée vers Le Caire
Le colonel Michaël Randrianirina a conduit une délégation à Alexandrie pour rencontrer les dirigeants de la GAFI, l'organisme égyptien chargé de l'attraction des investissements et des zones franches. L'objectif affiché : ouvrir Madagascar aux capitaux et à l'expertise technique égyptiens dans les secteurs stratégiques — énergie, logistique et agro-industrie. « Nous recherchons des entreprises prêtes à s'engager durablement, à mettre en œuvre des projets, à transférer des technologies et à former du personnel », a déclaré Randrianirina.
La coopération Sud-Sud comme levier
La démarche s'inscrit dans une logique de coopération Africa-Africa que promeuvent de nombreux États du continent : s'affranchir progressivement des financements traditionnels (Europe, Chine, institutions de Bretton Woods) en développant des partenariats intra-africains à plus long terme. Madagascar met en avant sa position géographique — passerelle entre l'Asie et l'Afrique orientale — ainsi que ses ressources naturelles et son capital humain. L'Égypte, de son côté, dispose d'une expertise reconnue en matière d'infrastructure régionale.
Des obstacles structurels reconnus
Randrianirina a publiquement reconnu les freins à l'investissement : déficits énergétiques, lacunes en infrastructure logistique, et lourdeurs administratives. Il les a qualifiés de « surmontables » dans le cadre de son programme de « Refondation ». Des conditions ont été posées aux futurs investisseurs : respect du droit et des obligations fiscales, protection de l'environnement, création d'emplois décents, et partenariats obligatoires avec des entreprises malgaches locales.
Une tension de fond avec le secteur privé
En toile de fond, la relation entre l'État et le secteur privé reste difficile. Le GEM (Groupement des Entreprises de Madagascar), principal syndicat patronal, a suspendu fin juin sa participation au dialogue public-privé, citant « un déni de justice prolongé » dans l'affaire CNaPS. Le GEFP a de son côté averti que 200 000 emplois seraient menacés par l'instabilité économique liée aux nouvelles politiques fiscales.
Pourquoi c'est important
Madagascar dispose d'un potentiel économique immense — ressources minières, agriculture, tourisme, pêche — mais peine à le convertir en croissance inclusive. L'ouverture vers l'Égypte est un signal positif, mais elle ne peut produire ses effets que si le climat des affaires interne s'améliore. Un patronat en retrait et 200 000 emplois sous pression sont des signaux que les investisseurs étrangers lisent attentivement avant de signer.