Le Sénat américain a adopté le 7 août 2026 la prolongation de l'AGOA jusqu'à fin 2028, offrant à Madagascar et à 31 autres nations africaines deux années supplémentaires d'accès préférentiel au marché américain. Pour la Grande Île, l'enjeu est massif : 59 entreprises franches et quelque 400 000 emplois directs et indirects sont directement concernés.
Un vote au Sénat qui soulage un secteur sous pression
L'African Growth and Opportunity Act (AGOA), qui garantit un accès duty-free au marché américain pour les produits africains éligibles, devait expirer fin 2026. Sa non-reconduction aurait placé le textile malgache dans une situation critique. Le 7 août, le Sénat américain a adopté la prolongation jusqu'au 31 décembre 2028. Le texte doit encore être examiné par le Congrès, vraisemblablement en septembre.
Pour Holy Mamisoa Randriamifidy, directrice des relations internationales au ministère du Commerce, « cette avancée est le résultat d'un plaidoyer engagé par le gouvernement malgache depuis plusieurs mois ». Elle ajoute que « la continuité de l'AGOA touche directement à l'économie de Madagascar ».
59 entreprises, 400 000 emplois : l'ampleur du risque évité
Madagascar compte 59 entreprises franches exportatrices actives sous le régime AGOA. L'ensemble de la filière textile — confection, sous-traitance, logistique — représente environ 400 000 emplois, directs et indirects, selon le Groupement des Entreprises Franches. Le secteur est le premier employeur industriel de l'île et le principal pourvoyeur de devises.
La menace d'une suspension avait déjà provoqué une onde de choc en 2025, poussant plusieurs donneurs d'ordre américains à geler leurs commandes par précaution. La prolongation jusqu'en 2028 permet de sécuriser les carnets de commandes pour les deux prochaines saisons.
Un sursis, pas une garantie
Les analystes et opérateurs privés mettent cependant en garde contre l'illusion du répit. La dépendance structurelle de Madagascar à un seul marché et à un seul régime commercial crée une vulnérabilité de long terme. L'éditorial de Newsmada du 14 août résume l'enjeu : « 2028 ne doit pas être une nouvelle échéance à redouter, mais un point de départ pour gagner en compétitivité. »
Antananarivo explore en parallèle une diversification vers l'Afrique du Sud, la Chine et d'autres marchés. Mais la montée en gamme — formation des travailleurs, productivité, certification qualité — demeure le chantier prioritaire pour pérenniser la filière indépendamment du cadre préférentiel américain.
Pourquoi c'est important
L'AGOA structure l'industrie manufacturière malgache depuis plus de deux décennies. Sa prolongation jusqu'en 2028 donne au secteur privé une visibilité suffisante pour investir et planifier. Mais elle pose aussi en creux la question de la compétitivité de Madagascar face à l'Asie du Sud-Est et à d'autres nations africaines mieux positionnées sur la chaîne de valeur. Ce sursis est une fenêtre, pas un acquis.
Sources : Newsmada (14 août 2026), Ministère du Commerce de Madagascar, Groupement des Entreprises Franches.