[MADAGASCAR] Africa Forward à Nairobi : Antananarivo plaide pour une économie verte, locale et souveraine

Malgré sa suspension de l'UA, Madagascar a participé à Africa Forward à Nairobi en mai 2026 et plaidé pour une économie verte, une transformation locale des ressources et des chaînes de valeur souveraines.

Malgré sa suspension de l'Union africaine depuis octobre 2025, Madagascar a participé au Sommet Africa Forward organisé à Nairobi en mai 2026. La délégation malgache, conduite par le colonel Michaël Randrianirina, y a défendu une vision économique centrée sur la transformation locale, les chaînes de valeur endogènes et l'économie verte — un positionnement diplomatique fort sur l'échiquier africain.

Un sommet de 4 000 participants, co-organisé par la France et le Kenya

Africa Forward 2026 a rassemblé plus de 4 000 participants à Nairobi, dont environ 2 000 représentants du secteur privé et une trentaine de chefs d'État africains. Co-organisé par la France et le Kenya autour du thème «Partenariats entre l'Afrique et la France pour l'innovation et la croissance», le sommet a articulé ses travaux autour de la transition énergétique, de l'industrialisation verte, de l'économie bleue, de la connectivité numérique, de l'intelligence artificielle et de l'agriculture durable.

La participation de Madagascar, en dépit de sa suspension de l'UA, a été lue comme «un signal diplomatique fort» destiné à réaffirmer la place de la Grande Île dans les discussions stratégiques africaines, selon plusieurs analystes suivant les affaires malgaches.

La vision malgache : transformer sur place, pas exporter brut

La délégation d'Antananarivo a porté trois priorités claires au cours des tables rondes auxquelles elle a participé :

Premièrement, les chaînes de valeur locales plutôt que l'exportation de matières premières brutes. Madagascar regorge de ressources — nickel, cobalt, graphite, vanille, cacao — mais estime perdre une part essentielle de la valeur en les exportant sans transformation.

Deuxièmement, la transformation industrielle sur place, avec la création d'emplois et le transfert de compétences vers les populations locales. Cette position fait écho aux débats régionaux sur la «resource curse» et au modèle de développement que plusieurs pays africains cherchent à dépasser.

Troisièmement, une économie «verte et connectée», qui intègre les enjeux climatiques dans la stratégie d'attractivité des investissements. Madagascar, très exposé aux cyclones et aux aléas climatiques, perçoit la transition verte comme une condition de sa résilience économique à moyen terme.

Un contexte intérieur sous tension

La participation de Madagascar à Africa Forward intervient dans un contexte domestique délicat. La suspension par l'UA fait suite à des frictions politiques internes. La croissance malgache a été révisée à 3,6 % pour 2026, freinée par les tensions géopolitiques mondiales et des défis structurels persistants — infrastructures déficientes, pression fiscale faible, secteur informel dominant.

Pourquoi c'est important

Le positionnement de Madagascar à Africa Forward dessine les contours de l'offre que la Grande Île souhaite présenter aux investisseurs étrangers : non plus un simple extracteur de ressources, mais un partenaire industriel. Pour les entreprises de l'Océan Indien qui regardent vers Madagascar — tourisme, agroalimentaire, industrie légère — cette vision de la transformation locale est un signal à intégrer dans leurs stratégies d'implantation.

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