[AFRIQUE] ZLECA vs protectionnisme : quand les États freinent l'intégration qu'ils ont eux-mêmes signée

Le Kenya veut fermer les petits commerces tenus par des étrangers dès le 7 septembre. Financial Afrik et Standard Bank alertent : cette « xénophobie économique » fragilise les fondements mêmes de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine.

Afrique — Business.OI
Photo : Finalchoice / Pexels

Le 7 septembre 2026 est une date à marquer. C'est le délai fixé par le président kényan William Ruto pour que les ressortissants étrangers quittent les secteurs du petit commerce et de la vente ambulante — des activités qu'il souhaite réserver aux Kényans. Un décret qui a provoqué une onde de choc à travers le continent, et relance le débat sur la cohérence entre les politiques nationales et les engagements pris dans le cadre de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECA).

La ZLECA en porte-à-faux

La ZLECA, entrée en vigueur en 2021 et ratifiée par 54 pays africains, vise à créer le plus grand marché libre du monde en facilitant la circulation des biens, des services et — à terme — des personnes. Or, la mesure kényane va directement à l'encontre des principes fondateurs de ce traité. « La xénophobie entraîne des taux d'intérêt plus élevés, moins d'investissements et moins d'emplois », rappelait dès juillet 2026 Sim Tshabalala, président de Standard Bank, dans une tribune publiée par Financial Afrik.

Le cas kényan n'est pas isolé. Plusieurs économies africaines ont ces derniers mois instauré des barrières informelles à la mobilité économique des ressortissants étrangers, souvent sous pression politique intérieure et dans un contexte de chômage des jeunes structurellement élevé.

Implications pour l'Océan Indien

Pour les opérateurs économiques de l'Océan Indien actifs en Afrique de l'Est — commerçants comoriens à Nairobi, entrepreneurs malgaches à Dar es Salaam, managers mauriciens dans la région — ce type de mesure crée une insécurité juridique réelle. La mobilité régionale, pierre angulaire du développement des échanges OI-Afrique continentale, se voit fragilisée par des décisions prises sous pression électorale.

La Commission de l'Union Africaine et le Secrétariat de la ZLECA n'ont, à ce stade, pas publié de réaction officielle à la mesure kényane. Plusieurs analystes appellent à un mécanisme de sanction ou d'arbitrage contraignant pour les États qui contreviendraient à leurs engagements d'intégration.

Pourquoi c'est important

Le paradoxe est brutal : les mêmes gouvernements qui ont signé la ZLECA pour accélérer l'intégration continentale adoptent des mesures protectionnistes qui la sapent de l'intérieur. Sans mécanismes d'application contraignants, le plus grand accord de libre-échange du monde risque de rester une coquille vide. Pour l'Océan Indien, dont l'économie dépend de la fluidité des échanges régionaux, la cohérence de l'intégration africaine est un enjeu stratégique direct.

Sources : Financial Afrik (5 sept. 2026), Standard Bank / Sim Tshabalala (juil. 2026), Afrimag, Afrique Confidentielle — septembre 2026.

Ne manquez rien de l'actualité business de l'Océan Indien

Rejoignez les décideurs qui lisent Business.OI chaque matin.

L'essentiel de l'éco de l'Océan Indien, chaque matin. S'abonner
Observatoire