Bangkok, 16 octobre — Lors des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, le président Ajay Banga a annoncé que l'institution vise à quintupler son soutien financier aux minerais critiques d'ici 2030. Au total : 19 milliards de dollars sur cinq ans. Une décision qui place l'Afrique — et l'Océan Indien — au cœur d'une compétition stratégique mondiale.
19 milliards USD pour sécuriser l'approvisionnement mondial
Le Groupe Banque mondiale vise 19 milliards USD de soutien entre 2026 et 2030, en combinant financements publics et capitaux privés. Trois bras institutionnels sont mobilisés : la Banque mondiale pour les financements souverains, la Société Financière Internationale (SFI) pour les investissements directs dans les projets, et l'Agence Multilatérale de Garantie des Investissements (MIGA) pour les garanties permettant de réduire les risques perçus par les investisseurs privés.
L'annonce, qui avait déjà été esquissée lors du Mining Indaba de Cape Town en février 2026, prend une dimension plus concrète avec la publication de cette feuille de route à Bangkok. Vingt pays ont été identifiés comme partenaires potentiels, sans que la liste complète soit publiée.
Malawi, Zambie, Mauritanie : les premiers nommés
Parmi les pays avec lesquels la Banque mondiale a déjà élaboré des plans miniers nationaux figurent le Malawi, la Mauritanie et la Zambie. L'Égypte fait partie des huit gouvernements ayant déjà conclu des partenariats formels avec l'institution.
Le projet phare est Kasiya, au Malawi : une mine de graphite, de rutile et de terres rares dont le coût total de développement est estimé à 665 millions de dollars. En décembre 2025, la SFI a signé un accord avec la société australienne Sovereign Metals pour financer le projet. Kasiya représente l'une des plus importantes découvertes mondiales de graphite naturel, un minerai indispensable à la fabrication de batteries pour véhicules électriques.
L'Afrique : 30 % des réserves mondiales de minerais critiques
Le continent africain abriterait environ 30 % des réserves mondiales de minerais critiques — cuivre, terres rares, graphite, lithium, cobalt, manganèse. Ces ressources sont au cœur des politiques industrielles des grandes puissances, en particulier dans le contexte de la transition vers les véhicules électriques et les énergies renouvelables.
L'accélération des investissements de la Banque mondiale s'inscrit dans une compétition ouverte avec la Chine, qui s'est positionnée depuis les années 2000 sur les ressources minières africaines, et avec les États-Unis, qui cherchent à diversifier leurs chaînes d'approvisionnement.
Pourquoi c'est important
Madagascar figure parmi les pays africains disposant de ressources significatives en graphite et en terres rares. En 2026, la Grande Île a levé son moratoire sur les permis miniers, ouvrant la voie à de nouveaux investissements dans le secteur extractif. L'engagement de 19 milliards USD de la Banque mondiale constitue une opportunité directe pour les États de l'OI disposant de ressources critiques : accéder à des financements concessionnels, attirer des partenaires privés de premier plan et intégrer les chaînes de valeur mondiales qui se structurent autour de la transition énergétique.