Le Zimbabwe a généré 782 millions de dollars d'exportations de lithium sur les six premiers mois de 2026, soit une hausse de 230 % par rapport aux 237 millions enregistrés au premier semestre 2025. Le pays s'impose désormais comme le premier producteur africain de lithium, à un moment où la demande mondiale pour ce métal stratégique repart à la hausse.
Un bond spectaculaire tiré par la valeur ajoutée
Le ministre des Finances Mthuli Ncube a annoncé ces chiffres en juillet 2026, soulignant que la performance dépasse largement les projections initiales. Le lithium est désormais le troisième minéral le plus exporté du Zimbabwe, derrière l'or et les métaux du groupe platine, représentant environ 12 % du total des recettes minières du semestre.
La progression spectaculaire s'explique en partie par l'entrée en service, en avril 2026, d'une usine de traitement de sulfate de lithium. Ce changement de stratégie — passer de l'export de concentré brut à celui de produits transformés — a mécaniquement augmenté la valeur unitaire des exportations, tout en répondant aux injonctions gouvernementales de valoriser les ressources sur le sol zimbabwéen.
Un secteur dominé par les capitaux chinois
Les grandes entreprises chinoises contrôlent l'essentiel du secteur : Zhejiang Huayou Cobalt, Sinomine, Chengxin Lithium Group, Sichuan Yahua et Tsingshan Holding Group dirigent les principales opérations minières et de transformation. Cette concentration a fait naître des tensions politiques : en février 2026, Harare a suspendu temporairement les exportations, invoquant des « fuites et malversations » dans le circuit d'exportation de certains opérateurs.
La production totale de lithium est projetée à 2,14 millions de tonnes métriques pour l'ensemble de 2026, légèrement en dessous des 2,2 millions de tonnes produites en 2025 — signe que la valorisation prime désormais sur le volume brut.
L'horizon 2027 : la fin du concentré brut
Le gouvernement zimbabwéen a annoncé une mesure structurante : à compter de janvier 2027, l'exportation de concentré de lithium brut sera interdite. Seuls les produits transformés (hydroxyde, carbonate, sulfate de lithium) pourront quitter le territoire. L'objectif est de capter davantage de valeur ajoutée localement, sur le modèle des stratégies menées par l'Indonésie pour le nickel ou la République Démocratique du Congo pour le cobalt.
Pourquoi c'est important
Dans la course mondiale aux métaux de la transition énergétique, l'Afrique dispose de réserves considérables mais peine à en tirer pleinement profit. Le Zimbabwe, en combinant explosion des volumes, montée en gamme de la transformation et souveraineté affirmée sur la chaîne de valeur, esquisse un modèle que d'autres États africains richement dotés pourraient imiter. Pour les investisseurs de l'Océan Indien, c'est aussi un signal sur la dynamique du secteur minier africain — et sur la capacité des États à imposer leurs conditions aux majors internationales.
Sources : Mining Weekly (31 juillet 2026), CNBC Africa, Finimize, Zambian Observer.