[OCÉAN INDIEN] APE élargi aux services : l'UE lie 4 pays de l'OI dans un accord historique, La Réunion s'interroge

Conclu le 10 juin 2026, l'Accord de partenariat économique entre l'UE et les Comores, Madagascar, Maurice et les Seychelles couvre désormais les services et le numérique. Un « premier » africain, mais une exclusion qui inquiète La Réunion.

Océan Indien — Business.OI
Photo : Nabil Naidu / Pexels

Conclu le 10 juin 2026 après des années de négociations, l'Accord de partenariat économique (APE) élargi aux services entre l'Union européenne et quatre pays de l'Océan Indien — Comores, Madagascar, Maurice et Seychelles — redessine les contours du commerce régional. Un accord historique, mais qui soulève des questions brûlantes pour La Réunion, laissée à l'écart du dispositif.

Un accord de nouvelle génération

Ce n'est pas un simple accord commercial : l'APE signé en juin 2026 est présenté comme le « premier accord de libre-échange moderne et complet en Afrique subsaharienne ». Il va bien au-delà de l'APE intérimaire de 2012, en intégrant désormais les services, l'investissement, le commerce numérique et la coopération sectorielle.

Pour les quatre États signataires, l'accès au marché unique européen s'élargit considérablement. Les entreprises malgaches, mauriciennes, comoroises et seychelloises pourront exporter leurs services directement vers l'UE — finance, tourisme, numérique, logistique — dans des conditions préférentielles inédites. L'accord est également ouvert à l'adhésion d'autres États d'Afrique orientale et australe, élargissant à terme sa portée continentale.

La Réunion, grande absente du dispositif

L'enthousiasme affiché par les quatre capitales masque une fracture régionale. La Réunion, département français et donc territoire de plein droit de l'UE, se retrouve exclue du mécanisme préférentiel côté États ACP. Ce paradoxe crée une asymétrie commerciale lourde de conséquences potentielles.

Le Parti Communiste Réunionnais (PCR) a tiré la sonnette d'alarme : des secteurs clés — informatique, comptabilité, banque, communication — pourraient faire l'objet de délocalisations vers Madagascar, où « le niveau de compétence de la main-d'œuvre rivalise avec celui de La Réunion, pour des salaires nettement inférieurs ». Des groupes déjà présents des deux côtés du canal du Mozambique — GBH, U, Leader Price — pourraient consolider leurs fonctions support dans l'île rouge, faisant de La Réunion un « marché de consommation » plutôt qu'un pôle productif.

Les prochaines étapes

Les parties se sont engagées à « prendre les mesures nécessaires en vue de la signature et de l'entrée en vigueur de l'accord dans les meilleurs délais ». Une fois ratifié, cet APE pourrait transformer Madagascar et Maurice en véritables plateformes régionales de services vers l'Europe. L'accord reste ouvert à l'adhésion d'autres États, ce qui pourrait encore renforcer le poids de la zone dans les échanges commerciaux mondiaux.

Pourquoi c'est important

Pour les investisseurs de la zone, cet APE change la donne. Les Comores, Madagascar, Maurice et les Seychelles accèdent à un débouché de 450 millions de consommateurs européens dans des conditions jamais atteintes jusqu'alors. Le commerce numérique et l'investissement transfrontalier sont sécurisés par un cadre juridique robuste — un signal fort pour les capitaux cherchant ancrage dans l'Océan Indien. À La Réunion, le débat sur l'intégration ou la compensation n'a pas encore eu lieu. Il est urgent qu'il commence.

Sources : EEAS/Union européenne, Témoignages.re, Zinfos974, Africa News Agency (juin 2026).

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