La Banque africaine de développement (BAD) vient de publier son rapport pays 2026 sur Maurice, dressant un tableau nuancé : une économie résiliente mais confrontée à un déficit de financement structurel qui pourrait compromettre l'ambition de Maurice de rejoindre le club des pays à revenu élevé dans la décennie à venir.
Croissance ralentie, mais tenue
La BAD anticipe une croissance du PIB mauricien de 3 % en 2026, avant une reprise à 3,8 % en 2027. Le tourisme — 1,44 million d'arrivées en 2025, un record historique — et les services financiers continuent de porter l'économie. Mais l'inflation devrait atteindre 5,7 % en 2026, dépassant la cible de la Banque de Maurice, avant de refluer à 3,9 % en 2027.
Sur le plan budgétaire, le déficit devrait se réduire à 6 % du PIB en 2026 et à 3,7 % en 2027. La dette publique reste élevée mais devrait passer sous la barre des 80 % du PIB à l'horizon 2029, à condition que les réformes de consolidation soient menées à terme.
Les blocages structurels identifiés
Le rapport pointe quatre contraintes majeures qui freinent la transformation économique profonde de Maurice : les rigidités du marché du travail et les inadéquations de compétences, le vieillissement démographique, les déficits d'infrastructure (eau, énergie, logistique portuaire) et le retard en matière de technologies de l'information et de la communication.
« L'adoption de bonnes pratiques en matière de mobilisation des recettes intérieures et l'amélioration de l'efficacité des dépenses publiques sont essentielles », souligne Kevin Urama, économiste en chef de la BAD. La Banque recommande par ailleurs d'activer les investisseurs institutionnels africains, la diaspora mauricienne et les gestionnaires de patrimoine privé comme sources de financement du développement.
L'ambition revenu élevé : à quel prix ?
Maurice affiche un PIB/habitant qui la place à la frontière du seuil « revenu intermédiaire supérieur ». Pour franchir le cap du revenu élevé — au-delà de 13 845 USD/habitant selon la classification de la Banque mondiale —, le pays devra mobiliser des financements à une échelle inédite. La BAD estime que les canaux traditionnels d'aide publique au développement ne suffiront pas : c'est le secteur privé et la diaspora qui devront prendre le relais.
La Stratégie nationale Fintech 2026-2030, le positionnement de Maurice comme hub d'investissement africain (1ère destination africaine au S1 2026) et les réformes du Finance Act entré en vigueur en août constituent autant de leviers pour attirer ces capitaux.
Pourquoi c'est important
Pour les décideurs et investisseurs de la région, ce rapport de la BAD est un signal clair : Maurice avance sur la bonne trajectoire, mais la vitesse est insuffisante. La fenêtre pour franchir le seuil du revenu élevé avant 2035 est étroite, et elle suppose une mobilisation de ressources — privées, diaspora, institutionnelles — que Maurice n'a jamais tentée à cette échelle. Un défi mais aussi une opportunité pour les financeurs régionaux de l'Océan Indien.
Source : Rapport pays BAD 2026 sur Maurice — Banque africaine de développement.