Un an après l'adoption de la loi de programmation pour la refondation de Mayotte — qui engage 4 milliards d'euros sur six ans —, le comité de suivi sénatorial a publié son premier bilan le 21 juillet 2026. Le constat est sans ambiguïté : une part significative des projets reste bloquée aux stades des études, des procédures administratives ou du foncier. Entre crédits annoncés et crédits réellement engagés, le fossé est large.
Un bilan en demi-teinte
Le comité a examiné les domaines clés couverts par la loi : santé, éducation, sécurité, logement et aménagement du territoire. Sur chacun de ces piliers, les sénateurs ont constaté un manque de données administratives transmises par le gouvernement, rendant le suivi précis impossible. La formule employée dans le rapport est claire : il faut distinguer « les crédits simplement annoncés de ceux réellement engagés ».
Ce flou ne surprend pas les observateurs de terrain, qui soulignent la complexité de reconstituer un territoire encore traumatisé par le cyclone Chido de décembre 2024. Les procédures foncières — indispensables avant tout chantier — restent particulièrement engorgées.
Port de Longoni : l'enjeu majeur
Le dossier le plus scruté concerne le port de Longoni, poumon économique de l'île. La délégation de service public (DSP) actuelle sera résiliée au 1er septembre 2026, remplacée par un établissement public (EPIC) en gestion transitoire. Mais le comité sénatorial souligne « plusieurs incertitudes subsistant quant au coût, à la durée et à l'articulation » de cette transition.
Pour les entreprises mahoraises, le port est vital : c'est par lui que passent les importations alimentaires, les matériaux de construction et les équipements nécessaires à la reconstruction. Toute instabilité dans sa gestion se répercute immédiatement sur les prix et les approvisionnements.
Pourquoi c'est important
Mayotte est aujourd'hui à un carrefour. La loi de refondation représente une opportunité historique de modernisation — mais son efficacité dépend de la capacité de l'État à transformer les engagements politiques en chantiers concrets. Le prochain rendez-vous du comité est fixé à l'automne 2026, pour un nouveau point d'étape.
Pour les investisseurs et entreprises qui regardent Mayotte comme un marché en reconstruction, la vigilance s'impose : les opportunités sont réelles, mais les délais d'exécution restent imprévisibles.
Source : Journal de Mayotte, 21 juillet 2026