La flotte de bus électriques en service à Maurice a franchi le seuil symbolique de 106 véhicules, dépassant l'objectif initial de 60 unités. Financé en partie par la Global Environment Facility à hauteur de 5,65 millions de dollars, le programme illustre la stratégie de décarbonation des transports publics mauriciens — non sans poser la question de l'accès des opérateurs privés à ce modèle.
Un cap dépassé : 106 bus contre 60 prévus
La National Transport Corporation (NTC) exploite aujourd'hui 100 bus Switch (don du gouvernement indien) et 5 Higer (don de la Chine), auxquels s'ajoute un BYD acquis dès 2021. La compagnie Rose-Hill Transport (RHT) a mis en ligne 6 Higer supplémentaires. Au total, ce sont 112 véhicules électriques qui sillonnent les routes de l'île, contre 60 prévues au lancement du programme.
Chaque véhicule représente un investissement d'environ 12 millions de roupies mauriciennes (MUR), partiellement subventionné via le Bus Modernisation Scheme à hauteur de 3,5 millions MUR par unité, pour une enveloppe totale de 150 millions MUR.
80 % d'économies sur les dépenses énergétiques
L'impact opérationnel est tangible : les opérateurs enregistrent une réduction de 80 % de leurs dépenses énergétiques par rapport aux bus diesel traditionnels. Les véhicules sont rechargés hors-pointe, entre 22h et 6h, depuis les dépôts de Forest-Side, La Tour-Koenig et Rémy Ollier, connectés au réseau de la Central Electricity Board (CEB). La prochaine étape est la transition progressive de ces dépôts vers l'énergie solaire photovoltaïque.
Sur le plan technique, la maintenance est simplifiée : l'absence de moteur thermique, de boîte de vitesses et de système d'échappement réduit significativement le nombre de pièces à entretenir. Les batteries offrent une garantie de cinq ans pour une durée de vie nominale de sept ans.
L'obstacle : l'investissement initial pour le privé
Le frein principal à l'accélération du déploiement est clair : à 12 millions MUR par bus, l'entrée dans l'électrique reste inabordable pour les opérateurs privés individuels sans mécanisme de financement dédié. Par ailleurs, les perturbations des chaînes d'approvisionnement ont fait grimper le coût des pièces détachées de 10 à 15 %, pesant sur la compétitivité globale du parc.
Le ministre du Transport terrestre Osman Mahomed et la représentante résidente du PNUD Alka Bhatia ont tous deux souligné la nécessité de développer des « mécanismes de financement innovants » pour élargir l'accès au-delà des opérateurs publics.
Pourquoi c'est important
Maurice a pris des engagements climatiques auprès de la Convention-cadre de l'ONU (CCNUCC). Le transport public est l'un des leviers les plus visibles — et les plus rapides — de la décarbonation urbaine dans un petit État insulaire. Avec 106 bus déjà en service et un financement GEF actif, l'île prouve que la transition est possible dans la région. Mais sans solution pour les acteurs privés, le modèle restera tributaire des dons bilatéraux indiens et chinois.