L'agence de notation américaine Moody's a confirmé cette semaine le maintien de la note souveraine de l'île Maurice à Baa3 — dernier échelon de la catégorie investment grade — tout en conservant une perspective négative. Un signal ambigu : on reconnaît les progrès, mais on n'accorde pas encore la confiance pleine.
Des comptes publics qui s'améliorent, enfin
Moody's le dit explicitement : « l'exécution budgétaire a été meilleure que prévu ». Le déficit public s'est établi à 3,7 % du PIB lors du dernier exercice, en net recul par rapport aux 9,3 % enregistrés au pic post-pandémie. Les recettes publiques ont progressé de +7,8 %, portées notamment par la hausse de +15,8 % des recettes fiscales sur les revenus. Dans le même temps, les dépenses ont reculé de -3,9 %, signe d'une vraie discipline budgétaire.
Le tourisme apporte lui aussi son soutien : au premier trimestre 2026, 348 000 visiteurs ont foulé le sol mauricien, au-dessus de la moyenne 2023-2025 (342 000). Les taux d'intérêt sur les obligations d'État ont reculé à environ 4 %, contre 4,5-5 % à mi-2025.
Pourquoi la perspective reste négative
Trois raisons maintiennent la vigilance de Moody's. D'abord, la réforme des retraites reste partiellement suspendue, alimentant l'incertitude sur la trajectoire de la dette à long terme. Ensuite, les revenus attendus de l'accord Chagos — estimés à Rs 10 milliards, soit environ 1,3 % du PIB 2025 — sont encore incertains. Enfin, la facture des intérêts a bondi de +23,4 %, mécaniquement, alourdie par le stock de dette accumulé.
« La capacité du gouvernement à poursuivre la réduction de la dette tout en maîtrisant les dépenses publiques sera déterminante », indique l'agence, pour espérer une révision à la hausse de la perspective. Maurice avait atteint Baa1 avant la pandémie (2020 : chute à Baa2), sa trajectoire reste donc celle d'un redressement progressif, mais le chemin est encore long.
Pourquoi c'est important
La note Moody's conditionne directement le coût d'emprunt de Maurice sur les marchés internationaux et la confiance des investisseurs étrangers. Un maintien à Baa3 avec perspective négative signifie que tout faux pas — dérapage budgétaire, réformes avortées — pourrait précipiter une dégradation en catégorie spéculative, avec des conséquences immédiates sur les flux d'IED et le financement des grands projets d'infrastructure.