741 milliards de dollars. C'est la masse d'actifs gérés par les Global Business Companies (GBC) immatriculées à Maurice — soit environ cinquante fois la taille du PIB domestique de l'île. Et pourtant, selon une analyse publiée par Le Mauricien et signée par l'économiste Samad Ramoly, ce secteur colossal ne contribue qu'à hauteur de 8,4 % du produit intérieur brut. Un paradoxe qui interroge sur la nature réelle du modèle économique mauricien.
Deux économies sous un même drapeau
L'économie de Maurice fonctionne en réalité comme un système à deux vitesses. D'un côté, le secteur des technologies de l'information et de la communication (TIC) — ancré dans le tissu domestique — génère 5,7 % du PIB et emploie 15 390 personnes. De l'autre, le secteur GBC, qui gère des flux financiers colossaux, opère avec environ deux directeurs par entité et bénéficie d'un taux effectif d'imposition estimé à environ 3 %, après avoir été exclu des réformes fiscales mondiales de 2025 sur le taux minimum. Les services financiers au sens large représentent 13 à 14 % du PIB.
Cette dualité a des effets pervers documentés. La Banque de Maurice a longtemps différé les hausses de taux d'intérêt — pourtant devenues la norme mondiale — pour ne pas freiner une économie domestique déjà fragilisée, tandis que la roupie perdait 64 % de sa valeur face au dollar depuis 1994.
La fuite des cerveaux comme indicateur
Autre signal d'alarme : Maurice se classe au 5e rang mondial et au 1er rang africain dans l'Human Flight and Brain Drain Index 2024. Un pays dont l'économie offshore est un succès international mais dont les talents fuient — signe d'un modèle qui ne capte pas suffisamment de valeur ajoutée pour le tissu social local.
Sur le plan budgétaire, la situation reste sous tension : déficit à 9,8 % du PIB et dette publique à 88,6 %, dans un contexte où la Finance Bill adoptée en juillet 2026 a déjà entamé des réformes structurelles sur les pensions.
Pourquoi c'est important
La question posée par cette analyse n'est pas celle de la légitimité du secteur offshore mauricien, mais de son articulation avec l'économie réelle. Un pays qui héberge 741 milliards de dollars d'actifs et ne réalise qu'un contribution de 8,4 % au PIB doit interroger la qualité de ses leviers de captation de valeur. À l'heure où la réglementation internationale sur la fiscalité des entreprises se resserre et où l'OCDE pousse pour un taux minimum mondial, la fenêtre de repositionnement stratégique pour Maurice pourrait se réduire plus vite que prévu.