Le Fonds Monétaire International tire la sonnette d'alarme : la dette publique de Maurice a atteint 86 % du PIB fin juin 2025, et les projections pour 2026 sont loin de rassurer. Entre ralentissement de la croissance, inflation persistante et investissement privé en recul, le gouvernement est sommé d'agir.
Un ralentissement confirmé au fil des trimestres
Après 3,2 % de croissance en 2025, l'économie mauricienne devrait atteindre tout juste 2,8 % en 2026 selon les économistes locaux et le FMI. Dès le premier trimestre, l'alerte était donnée : le PIB réel n'avait progressé que de 2 %, contre 3,4 % un an plus tôt. Les comptes nationaux du troisième trimestre n'étaient pas encore disponibles à l'heure où nous écrivions.
L'investissement privé pâtit lui aussi du contexte : Statistics Mauritius anticipe une baisse de 1,2 % en termes réels, pénalisé par la hausse des taux, les difficultés de financement des PME et la dépréciation de la roupie. La construction reste morose. Résultat : le déficit courant atteint 7,4 % du PIB pour 2026.
L'inflation, la grande inconnue
La Banque de Maurice (BoM) a relevé son taux directeur de 25 points de base en mai dernier, le portant à 4,75 %, puis l'a maintenu en août. Malgré cela, l'inflation atteignait déjà 4,9 % en août 2026. Le FMI projette un bond à 6,4 % en glissement annuel d'ici décembre, au-delà de la fourchette cible de 2 à 5 % de la BoM. L'économiste Sameer Sharma parle d'un « choc stagflationniste direct » nourri par les tensions au Moyen-Orient et la hausse des prix de l'énergie et du fret maritime.
Les recommandations du FMI
Le Fonds préconise une consolidation budgétaire volontariste pour placer la dette sur une trajectoire décroissante, tout en préservant des aides ciblées pour les ménages vulnérables. Il insiste sur l'indépendance de la BoM, le désengagement progressif de la Mauritius Investment Corporation (MIC) et l'adoption rapide des amendements au Bank of Mauritius Act. Sur le plan structurel, le FMI réclame davantage de participation au marché du travail, une modernisation du climat des affaires et un investissement accéléré dans les infrastructures résilientes au climat.
Pourquoi c'est important
Maurice conserve des atouts réels — le tourisme résiste (804 633 arrivées de janvier à juillet, +2,1 %, et +18 % de recettes au premier semestre) — mais le modèle économique fondé sur les services financiers et le tourisme atteint ses limites. L'IA générative constitue une menace de long terme pour les emplois du BPO et du back-office. Sans transformation structurelle, passer à une croissance de 4 % resterait hors de portée.