Le Parlement mauricien a adopté la Finance Bill le 1er août 2026 avec 55 voix pour et seulement 6 contre. Derrière cette adoption quasi-unanime se cache un diagnostic économique alarmant : un déficit budgétaire de 9,3 % du PIB, une dette publique frôlant 90 % et une réforme des pensions qui fait basculer le modèle social mauricien.
Un héritage budgétaire explosif
Le Premier ministre Navin Ramgoolam a dressé un tableau sans concession de la situation héritée : le déficit budgétaire atteint 9,3 % du PIB, la dette publique avoisine 90 % du PIB, et les charges d'intérêts représentent désormais 12 % des recettes de l'État. Dans ce contexte, la Finance Bill se présente moins comme un budget classique que comme un plan de stabilisation d'urgence.
La réforme des pensions au cœur du débat
Le changement le plus structurant concerne le système de retraite. La « Basic Retirement Pension » est remplacée par une « State Age Pension » dont les modalités varient selon la date de naissance :
- Les personnes nées avant septembre 2025 accèdent au taux actuel dès janvier 2027 ;
- Les futurs retraités verront leur pension réduite de 0,5 % par mois en cas de départ anticipé, et majorée de manière équivalente en cas de départ différé.
L'abandon du « means test » — critère de ressources qui conditionnait l'accès à certaines aides — représente un manque à gagner de 6,2 milliards de roupies que l'État devra financer par d'autres voies. Pour Ramgoolam, « ce gouvernement ne réforme pas seulement le système de pension — en réalité, nous sommes en train de le sauver ».
Nouvelles taxes et mesures douanières
La loi introduit également une taxe d'accise sur les bouteilles plastiques, avec exemptions pour les produits essentiels (riz, lait, médicaments, produits hygiéniques). Côté douanes, les autorités peuvent désormais exiger des justificatifs d'origine des fonds pour toute importation dépassant 500 000 roupies mauriciennes — une mesure de traçabilité financière à surveiller pour les opérateurs actifs dans la Zone franche.
Pourquoi c'est important
Maurice, qui se positionne comme hub financier et touristique de l'Océan Indien, aborde une phase d'ajustement budgétaire sévère. Les décisions prises aujourd'hui — notamment sur les pensions et la dette — engageront le pays pour une décennie. Pour les investisseurs étrangers et les entreprises locales, la question centrale est la suivante : l'ajustement sera-t-il suffisant pour rassurer les marchés sans casser la croissance ?
Sources : L'Express Maurice, Defimedia — 1er août 2026