Le Finance Bill 2026 de Maurice change la donne pour les contribuables les plus aisés et pour plusieurs secteurs d'activité. PwC Mauritius, qui a organisé un forum de décryptage, pointe une refonte du paysage fiscal qui traduit une volonté de rééquilibrage budgétaire dans un contexte de dette publique élevée et de marges réduites.
Le grand retour de la progressivité fiscale
Le changement le plus symbolique : l'introduction d'un taux marginal de 35 % sur les revenus dépassant 12 millions de roupies par an — contre 20 % jusqu'ici. Une rupture avec deux décennies d'imposition à taux unique qui avait fait la réputation de Maurice comme destination fiscalement attractive.
En contrepartie, la Fair Share Contribution — surtaxe très critiquée par le secteur privé — est supprimée pour les particuliers. Business Mauritius, le lobby patronal, l'avait classée en tête de ses priorités à éliminer. Le mouvement est donc partiel : il redistribue la charge entre contribuables plutôt que de l'alléger globalement.
Nouvelles taxes et secteurs visés
Deux nouvelles taxes ciblent des activités jusqu'ici moins sollicitées :
- Taxation des fournisseurs ICT non-résidents — logiciels, licences, applications et services numériques fournis depuis l'étranger entrent dans le giron fiscal mauricien.
- Insurance Premium Tax — le secteur de l'assurance intègre le périmètre de la réforme.
Les exportateurs d'animaux vivants voient quant à eux leur charge fiscale tripler : exclus du taux réduit de 3 %, ils passent à environ 24 %. Une mesure qui touche un segment étroit mais illustre la recherche de nouvelles assiettes.
Corporate Climate Responsibility Levy : un assouplissement
Le CCR Levy — taxe climatique appliquée aux entreprises — est partiellement aménagé : les entreprises peuvent désormais réduire leur contribution via des crédits d'investissement, une concession au secteur privé après des mois de négociation. Le délai de réclamation de TVA en amont passe lui de 36 à 24 mois, une contrainte de trésorerie supplémentaire pour les entreprises.
Pourquoi c'est important
En comptabilisant le Finance Bill 2026, Maurice aura introduit 11 nouvelles taxes entre 2009 et 2026. Le signal est clair : la politique du taux unique, qui a longtemps servi de marqueur compétitif de l'île, est en train de se complexifier sous la pression des déficits. Pour les investisseurs étrangers et les entreprises établies, la stabilité du cadre fiscal — longtemps garantie — devient moins évidente à anticiper.
Business Mauritius l'a dit sans ambages dans sa feuille de route transmise au gouvernement : la priorité n'est plus aux incitations fiscales, mais à la prévisibilité et à la simplification. Un message que le Finance Bill 2026 n'a qu'à moitié entendu.
Sources : Defimedia, PwC Mauritius Finance Bill Forum 2026, AllAfrica