Les 28 et 29 juillet 2026, le Parlement mauricien examine deux textes qui dessineront le cadre réglementaire du pays pour la prochaine décennie. Le Finance Bill amende 25 lois, principalement dans la fiscalité et les finances publiques. L'Economic and Financial Measures Bill modifie 58 textes législatifs pour déployer les grandes réformes annoncées dans le budget « Future Ready Economy » 2026-2027. Au total : 83 lois retouchées en un seul cycle parlementaire — une ampleur inédite.
Deux textes, une architecture réglementaire
C'est la première fois que les mesures économiques et financières sont scindées en deux projets de loi distincts, au lieu d'être regroupées dans un Finance Act unique. Cette séparation reflète la complexité et l'étendue des réformes engagées : le Finance Bill traite des ajustements fiscaux et comptables immédiats, tandis que l'Economic and Financial Measures Bill pose des fondations structurelles dans la gouvernance, le secteur financier, les pensions et l'investissement étranger.
La réforme des pensions, sujet le plus contesté
Au cœur du débat parlementaire : la réforme des régimes de retraite. Le texte révise les critères d'éligibilité à la State Age Pension, restructure les allocations des conjoints survivants — 100 % la première année, puis 50 % — et prévoit la création d'un Central Pensions Administration Bureau chargé de la gestion centralisée des régimes.
Le Mauritius Labour Congress (MLC) exige « la restitution intégrale des droits des pensionnés » et propose des alternatives : taxation accrue des grandes entreprises et meilleure fiscalité du secteur offshore. La CTSP demande quant à elle la séparation du Portable Retirement Gratuity Fund (PRGF) et du National Savings Fund (NSF) des autres mesures, et plaide pour un régime contributif avec une cotisation totale portée à 18 % du salaire.
Cybersécurité financière : la Banque de Maurice monte en puissance
Moins médiatisée mais tout aussi structurante, la réforme des compétences de la Banque de Maurice en matière de cybersécurité est inscrite dans le Finance Bill. La banque centrale se voit dotée de nouveaux pouvoirs pour prévenir la criminalité financière et superviser les systèmes d'information des établissements bancaires. Une Cyber Threat Intelligence Sharing Platform est également instituée, imposant aux banques un partage d'informations sur les cybermenaces et les clients sous sanctions.
Ces mesures s'inscrivent dans la trajectoire de mise en conformité de Maurice avec les standards du GAFI en vue de l'évaluation 2027 — un enjeu critique pour la réputation du centre financier international.
Pourquoi c'est important
Modifier 83 textes législatifs en deux jours de Parlement, c'est poser les fondations réglementaires de Maurice pour la prochaine décennie. Les arbitrages sur les pensions détermineront la soutenabilité budgétaire à long terme ; les réformes de cybersécurité conditionnent la crédibilité du centre financier international face aux standards mondiaux. Les investisseurs institutionnels et les agences de notation regardent ce vote avec attention — et les syndicats, eux, préparent la suite.