[MAURICE] BAfD 2026 : mobiliser des milliards pour décrocher le statut de pays à revenu élevé

La BAfD publie son premier rapport sur Maurice : croissance à 3 % en 2026, tourisme à 1,44 million de visiteurs (record), mais trois freins structurels à lever pour atteindre le statut de pays à revenu élevé.

Maurice — Business.OI
Photo : Kenrick Baksh / Pexels

Le premier rapport « Country Focus » de la Banque africaine de développement (BAfD) consacré à Maurice, publié le 13 août 2026, dresse un bilan contrasté : la croissance ralentit à 3 % cette année, mais l'île peut encore décrocher le statut de pays à revenu élevé — à condition de mobiliser des financements à grande échelle.

Une croissance solide, mais en décélération

Après plusieurs années de rebond post-Covid, l'économie mauricienne marque le pas. Le PIB devrait progresser de 3 % en 2026, contre 3,8 % attendus en 2027 si les réformes structurelles sont engagées. L'inflation reste au-dessus de la cible de la Banque de Maurice : 5,7 % cette année, avant un reflux à 3,9 % en 2027 à la faveur du repli des cours mondiaux des matières premières.

Sur le plan budgétaire, le déficit devrait se réduire à 6 % du PIB en 2026, puis à 3,7 % en 2027. La dette publique, actuellement au-dessus de 80 % du PIB, est projetée sous ce seuil d'ici 2029 — un signal positif pour la confiance des marchés, mais qui limite la marge de manœuvre fiscale à court terme.

Le tourisme, toujours locomotive

En 2025, Maurice a accueilli 1,44 million de visiteurs, un record absolu. Le secteur, qui tire avec lui le commerce de gros et de détail, reste le moteur principal de l'activité. Le défi est désormais de diversifier cette base productive, prévient la BAfD. Les services financiers et la consommation des ménages complètent le tableau de la croissance.

Trois freins structurels identifiés

Le rapport pointe trois goulets d'étranglement majeurs. Le premier est le marché du travail : les rigidités, les déficits de compétences et le vieillissement démographique fragilisent la productivité. Le deuxième touche aux infrastructures : les lacunes dans l'eau, l'énergie et la logistique portuaire pèsent sur la compétitivité. Le troisième est numérique : les insuffisances dans les TIC freinent la transition vers une économie de la connaissance.

Pour y répondre, la BAfD recommande de renforcer la collecte des recettes fiscales intérieures, d'améliorer l'efficience des dépenses publiques, et de mobiliser les investisseurs institutionnels africains ainsi que la diaspora mauricienne.

Les nouvelles frontières de croissance

L'étude sur la productivité de Maurice publiée dans le rapport identifie quatre secteurs d'avenir : l'économie bleue (ressources marines), l'économie numérique et de la connaissance, l'économie circulaire et les industries créatives. Des filières à forte valeur ajoutée qui pourraient permettre à Maurice de se repositionner sur l'échiquier mondial et de réduire sa dépendance au tourisme.

Pourquoi c'est important

Maurice est le pays africain le plus proche du seuil de revenu élevé selon la Banque mondiale. Ce rapport de la BAfD est le premier du genre pour l'île : il fixe la feuille de route et lève le voile sur les arbitrages douloureux qui attendent le gouvernement — plus de revenus, moins de dette, et des investissements massifs dans les compétences. L'enjeu n'est pas seulement économique : c'est la promesse d'un modèle de développement réplicable pour tout l'Océan Indien.

Source : Banque africaine de développement, Mauritius Country Focus Report 2026, 13 août 2026.

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