La mine de Mandena à l'arrêt depuis le 28 août. QMM, la filiale malgache de Rio Tinto spécialisée dans l'extraction d'ilménite, a officiellement suspendu ses opérations minières à Mandena, dans la région de Fort-Dauphin (Anosy). Cause directe : trois semaines de barrages routiers menés par des communautés riveraines réclamant l'application d'une décision de justice.
Une décision de justice historique
Le 18 février 2026, le tribunal de première instance de Fort-Dauphin a reconnu que 27 familles d'agriculteurs avaient subi des dommages durables sur leurs terres, en raison des inondations causées par le barrage de rétention d'eau de la mine depuis 2007. La Cour suprême malgache a confirmé ce jugement le 4 août 2026.
Le montant d'indemnisation ordonnée s'élève à 9,9 milliards d'ariary, soit environ 2 millions d'euros. La moitié devait être versée immédiatement, ce que QMM n'a pas fait dans les délais impartis selon les plaignants. Les blocages à Coco Beach, sur la route d'accès au site, ont rendu toute opération impossible.
L'ilménite malgache dans la chaîne mondiale du dioxyde de titane
L'ilménite extraite à Mandena alimente la filière mondiale du dioxyde de titane — pigment blanc utilisé dans les peintures, plastiques et cosmétiques. La suspension de QMM intervient dans un contexte déjà fragilisé : depuis juin 2026, plusieurs contractants locaux ont signalé la rupture unilatérale de leurs contrats avec le groupe minier.
L'impact économique dépasse le seul secteur extractif. Les recettes fiscales liées aux exportations d'ilménite constituent une source de revenus non négligeable pour l'État malgache, qui avait révisé à la hausse sa prévision de croissance à 6 % pour 2026.
Pourquoi c'est important
Cette affaire met en lumière une tension croissante entre les grandes compagnies minières et les communautés locales à Madagascar — et plus largement en Afrique. Elle pose la question du partage des bénéfices et de la responsabilité environnementale des extractivistes étrangers.
La décision de la Cour suprême malgache pourrait faire jurisprudence dans la région de l'Océan Indien, où plusieurs projets miniers font face à des contestations similaires. Pour Rio Tinto, dont la réputation ESG est déjà sous pression à l'échelle mondiale, l'issue de cette crise sera scrutée par les investisseurs institutionnels.
Sources : Capmad (2 septembre 2026), Financial Afrik (31 août 2026)