[MADAGASCAR] Premier d'Afrique en graphite, la Grande Île peine à valoriser ses richesses

Madagascar est devenu le premier producteur africain de graphite avec 85 000 tonnes en 2024. Mais la transformation se fait à Abu Dhabi et aux États-Unis — pas sur la Grande Île. L'équation industrielle à résoudre.

Madagascar — Business.OI
Photo : joao Guerreiro / Pexels

Madagascar est devenu le premier producteur africain de graphite avec 85 000 tonnes extraites en 2024, devançant le Mozambique. Mais cette montée en puissance masque un paradoxe persistant : la Grande Île exporte ses minerais bruts, laissant la transformation — et les marges — à des opérateurs étrangers en Asie, en Europe et au Moyen-Orient.

Le premier rang africain, trophée ambigu

Avec 85 000 tonnes de graphite produites en 2024 — et une estimation similaire pour 2025 — Madagascar s'est hissé au premier rang africain, devant le Mozambique (entre 39 000 et 60 000 tonnes). Ce graphite, indispensable à la fabrication des batteries lithium-ion pour les véhicules électriques, est très recherché par les industriels américains, européens et asiatiques. Pourtant, l'essentiel de la valeur ajoutée reste à l'étranger : NextSource, qui exploite un gisement malgache, transforme sa production dans une usine à Abou Dhabi, visant 30 000 tonnes par an de matériau traité et raffiné.

Minéraux critiques en abondance, transformation locale en retard

Au-delà du graphite, Madagascar recèle de nombreux minéraux dits «critiques» : cobalt, nickel, ilménite, zircon, terres rares. Le projet Ambatovy dispose d'une raffinerie locale produisant environ 40 000 tonnes de nickel et 4 000 tonnes de cobalt par an — exception notable dans un paysage dominé par l'export brut. Pour les terres rares monazite, le raffinage s'effectue aux États-Unis (Energy Fuels, dans l'Utah). Le code minier de 2023 mise sur l'attractivité pour les investisseurs plutôt que sur une obligation de transformation locale, à rebours de stratégies comme le Zimbabwe qui a interdit l'export de lithium brut.

Les obstacles qui freinent la montée en gamme

Les obstacles à la transformation locale sont structurels : instabilité énergétique (coupures chroniques dans de nombreuses régions), difficultés logistiques, capital humain limité dans les métiers de la métallurgie et absence d'un cadre incitatif contraignant pour les opérateurs. Sans infrastructure industrielle adaptée, même les gisements les plus riches risquent de perpétuer un schéma d'exportation de matières premières à faible valeur ajoutée.

Pourquoi c'est important

À l'heure de la transition énergétique mondiale, les minéraux critiques de Madagascar sont stratégiques. La demande mondiale de graphite et de cobalt pour batteries devrait tripler d'ici 2030. Le pays qui parviendra à transformer localement ces ressources — plutôt que de les exporter brutes — créera des emplois qualifiés, des devises et une chaîne industrielle durable. Le temps presse. Sources : Agence Ecofin, AFSIC, capmad.com, mai 2026.

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