Madagascar franchit une étape décisive dans sa politique minière. Une nouvelle loi sur les Grands Investissements Miniers (LGIM) est en cours d'adoption, rehaussant le seuil d'éligibilité aux avantages préférentiels à 100 millions de dollars — soit le double de la législation de 2005. L'objectif : attirer des capitaux massifs, structurer la filière et créer de la valeur ajoutée localement.
Un seuil doublé pour cibler les mégaprojets
L'ancienne loi, datant de 2005, fixait le seuil d'accès aux régimes préférentiels à 50 millions de dollars. La nouvelle LGIM relève cette barre à 100 millions de dollars, ciblant explicitement les opérateurs capables de transformer le tissu minier de l'île. En contrepartie, ces investisseurs bénéficieront d'une réduction significative de la pression fiscale, d'une exonération des droits de douane sur les équipements et d'abattements supplémentaires pour tout opérateur intégrant une unité de transformation locale des minerais.
Le gouvernement ambitionne l'ouverture de 20 grands projets miniers sur cinq ans, un programme de nature à repositionner Madagascar sur la carte minière continentale. Le projet emblématique Base Toliara — exploitation d'ilménite dans le sud — illustre ce potentiel : l'investissement annoncé dépasse 1 milliard de dollars, pour une capacité cible d'environ 1 million de tonnes annuelles.
80 % de main-d'œuvre malgache exigée
Pour bénéficier des avantages de la LGIM, les entreprises devront employer au moins 80 % de travailleurs malgaches, limitant le personnel étranger à 20 % des effectifs. Cette clause de contenu local répond aux critiques récurrentes sur le faible ancrage économique des grandes exploitations dans les territoires. Elle s'accompagne d'exigences de formation professionnelle destinées à développer une expertise nationale dans les métiers du sous-sol.
La société civile réclame plus de transparence
Plusieurs organisations de la société civile ont alerté sur un risque d'exclusion structurelle des entreprises malgaches, dont les capacités financières atteignent rarement le seuil des 100 millions de dollars. Elles plaident pour un mécanisme de partenariat obligatoire entre investisseurs étrangers et acteurs locaux, ainsi que pour une publication intégrale des contrats miniers et des flux fiscaux générés.
Le ministère des Mines a reconnu ces préoccupations et évoque un dispositif de sous-traitance encadré. Le texte, soumis au Parlement pour adoption, doit encore faire l'objet de consultations sectorielles avant promulgation.
Pourquoi c'est important
Le secteur minier représente l'une des premières sources de devises de Madagascar et un levier central de sa stratégie de développement. En doublant le seuil d'éligibilité et en imposant un taux de contenu local élevé, Antananarivo cherche à éviter les écueils du « boom sans bénéfice » qui a marqué d'autres économies africaines. La réussite du pari dépendra de la robustesse des mécanismes de contrôle et de la capacité de l'État à négocier des contrats équilibrés avec des investisseurs disposant de ressources juridiques considérables.
Sources : Allafrica.com, 2424.mg, madagascarnewsroom.com — août 2026.