Madagascar fait face en 2026 à une convergence de chocs économiques qui fragilise deux de ses secteurs d'exportation stratégiques : la vanille, or vert du pays, et le nickel, exploité à grande échelle par la mine d'Ambatovy. Entre effondrement des prix agricoles et production industrielle en berne, la grande île traverse une période de forte pression économique.
La vanille : de l'or à 600 dollars à une crise structurelle
Le secteur vanille malgache n'a jamais retrouvé l'euphorie du pic de 2018, quand le kilo de vanille préparée atteignait près de 600 USD/kg. Depuis la libéralisation du marché en mai 2023 sous l'ancien président Rajoelina — qui a supprimé les prix planchers —, la filière s'est retrouvée en surproduction structurelle, selon Biovanilla. Les prix ont chuté à une fourchette de 25 à 50 USD/kg pour la vanille gourmet, et certains lots de mauvaise qualité ont été soldés entre 10 et 16 USD/kg.
Les recettes d'exportation de vanille ont plongé de 64 % à mi-2024 alors même que les volumes expédiés avaient presque doublé — la pire combinaison possible pour les producteurs. Le gouvernement de transition a rétabli fin juin 2026 un prix plancher de 10 000 Ariary/kg (environ 2,34 USD) pour les gousses de plus de 13 cm, et 5 000 Ariary/kg pour les plus courtes. Les acteurs de la filière estiment que ce plancher protège faiblement les revenus ruraux. La production 2026 est estimée entre 3 000 et 4 500 tonnes selon les opérateurs.
Ambatovy : une mine en deçà de son potentiel
Simultanément, la mine de nickel et de cobalt d'Ambatovy, près de Toamasina, tourne bien en dessous de sa capacité nominale de 60 000 tonnes par an. La production de l'exercice 2024-2025 est tombée à environ 28 000 tonnes, soit moins de la moitié du potentiel théorique. Une série d'incidents a paralysé les opérations : rupture d'une conduite de boue en septembre 2024, puis l'impact du cyclone Gezani en février 2026, qui a contraint à un arrêt d'environ quatre mois. La mine n'a repris son activité que le 11 juin 2026.
En mai 2026, AMRI (consortium Essenwood Partners et Zungu Investments) a repris la totalité de la participation de Sumitomo, aux côtés de KOMIR (Corée). Ce changement d'actionnariat n'a pas encore produit d'effets visibles sur les capacités de production.
Pourquoi c'est important
Vanille et nickel représentent une part significative des recettes d'exportation de Madagascar. Leur fragilité simultanée comprime les ressources en devises du pays, affaiblit sa capacité à financer ses importations et ses investissements publics. Dans ce contexte, le gouvernement de transition doit jongler entre stabilisation macro-économique et réformes structurelles — tout en préparant une élection présidentielle prévue en juillet 2027. Pour les partenaires commerciaux et les investisseurs régionaux, Madagascar reste un marché à fort potentiel mais qui requiert une lecture attentive des risques opérationnels et climatiques.