Le 30 janvier 2026, Madagascar a officiellement levé son gel sur les permis miniers, suspendu depuis 2010. En seize ans de blocage, quelque 1 650 demandes d'exploitation se sont accumulées — portant notamment sur le nickel, le cobalt, le graphite et l'ilménite, minéraux stratégiques au cœur de la transition énergétique mondiale.
Un moratoire hérité des tensions politiques
Le gel instauré en 2010 visait à pacifier un secteur minier jugé trop opaque et source de conflits fonciers. Pendant seize ans, aucun nouveau permis n'a été accordé pour les minéraux industriels, paralysant des investisseurs qui avaient identifié parmi les gisements les plus significatifs de l'hémisphère Sud. L'or reste exclu de la réouverture en raison d'une discordance massive entre la production officielle — 13 kg déclarés en 2023 — et l'activité réelle de l'orpaillage artisanal, comme l'a précisé le ministre des Mines malgache.
Les minéraux critiques au cœur du rebond
Les demandes en attente concernent principalement le nickel-cobalt (dont le projet phare Ambatovy, déjà opérationnel, génère des revenus d'exportation significatifs), le graphite naturel — dont Madagascar possède certains des plus grands gisements au monde — et l'ilménite. La société américaine Energy Fuels a par ailleurs formalisé un protocole d'accord pour son projet Toliara, évalué à 2 milliards de dollars et doté de réserves de 904 millions de tonnes à 6,1 % de minéraux lourds sur 38 ans d'exploitation, incluant 2 600 tonnes annuelles d'oxyde néodyme-praséodyme.
Équilibre entre investissement et souveraineté
Le gouvernement a tenu à cadrer la réouverture par des exigences strictes : royalties à 5 %, engagements communautaires contractuels de 80 millions de dollars pour le projet Toliara, et obligation d'opérer dans le respect du code minier révisé. Le rapport EITI de fin 2025 souligne que les permis constituent « un outil de travail essentiel » pour attirer un investissement légal et traçable.
Pourquoi c'est important
La réouverture du registre minier malgache intervient au moment précis où le monde cherche à diversifier ses chaînes d'approvisionnement en minéraux critiques, loin de la Chine. Madagascar se positionne ainsi comme l'un des acteurs incontournables de la décennie pour le cobalt, le graphite et les terres rares légères — à condition de transformer cette manne potentielle en développement local durable et en recettes fiscales pérennes.