La ville de Toliara, capitale du Sud-Ouest malgache, a accueilli début septembre 2026 l'Atsimo Andrefana Business Week. Conférences, pitchs et ateliers ont révélé une réalité contrastée : un tissu entrepreneurial jeune et dynamique, mais prisonnier d'un accès au financement structurellement bloqué.
Un écosystème qui veut décoller
Depuis sa création en 2021, l'incubateur Saramba Initiative a accompagné quelque 1 000 jeunes et incubé 70 femmes entrepreneures. Les secteurs représentés lors de la Business Week reflètent la diversité des aspirations locales : transformation agroalimentaire, production audiovisuelle, artisanat d'exportation, services numériques. Sept thèmes de conférences ont structuré la semaine, avec une session phare consacrée aux « nouveaux visages de l'économie régionale » et aux ambitions de faire de l'Atsimo Andrefana une « destination d'excellence à horizon 2030 ».
Le mur du financement
Mais derrière l'effervescence, le diagnostic des acteurs de terrain est sans appel. « Les idées fleurissent... Mais ces jeunes n'ont pas de ressources financières par la suite », résume Cynthia Lapamiarisoa, fondatrice de Saramba. Les programmes d'accompagnement existants — comme le Pôle intégré de croissance (PIC) — ont une portée limitée face à l'ampleur des besoins. Plus grave : le ministre Alain Désiré Rasambany a lui-même reconnu que « l'accès au financement reste problématique » et signalé que les transferts de fonds externes se heurtent à des obstacles législatifs, freinant l'afflux de capitaux de la diaspora vers les startups locales.
Une demande d'implication politique forte
Gaël Mamonjy, fondateur de la startup Raiky, pose la question sans détour : « Est-il possible de sentir l'implication des gouvernants ? ». Cette interpellation directe illustre la frustration des entrepreneurs face à l'écart entre les discours officiels et les mécanismes concrets de financement. Madagascar a pourtant révisé à la hausse ses prévisions de croissance pour 2026, portées à 6 % — contre 4,8 % initial —, signal d'une économie qui accélère. Mais ce dynamisme macro peine à se traduire en accès au crédit pour les TPE et startups.
Pourquoi c'est important
Madagascar est le géant démographique de l'Océan Indien avec plus de 30 millions d'habitants, dont une majorité de jeunes. L'entrepreneuriat local est le levier le plus direct pour créer des emplois, réduire la pauvreté et diversifier une économie encore très dépendante des matières premières et du textile. La fracture entre l'élan entrepreneurial et l'accès au financement n'est pas une fatalité : elle appelle des réformes précises — simplification des garanties bancaires, cadres légaux pour le capital-risque, levée des obstacles aux transferts diaspora. Sans ces réformes, la croissance à 6 % risque de profiter davantage aux grands groupes établis qu'aux jeunes porteurs de projets.