Madagascar vient de franchir une étape décisive dans sa stratégie d'infrastructures. L'Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB) est en passe de valider une contribution d'environ 100 millions de dollars USD pour le programme de transport multimodal et de logistique de la Grande Île, en cofinancement avec la Banque mondiale. La décision du Conseil d'administration de l'AIIB est attendue dès le premier trimestre 2027.
Un déficit d'infrastructures qui coûte 2 % du PIB chaque année
L'enjeu est considérable. Selon le ministre de l'Économie et des Finances de Madagascar, le déficit d'infrastructures pèse sur l'économie nationale à hauteur d'environ 2 % du PIB annuellement. Sur une décennie, c'est l'équivalent de plusieurs points de croissance perdus. À l'inverse, les investissements réalisés sur les dix derniers mois auraient déjà généré un gain estimé à 1,1 % du PIB.
Pour accélérer sans alourdir la dette publique, Antananarivo privilégie des montages de cofinancement avec des bailleurs multilatéraux : Banque mondiale, Banque africaine de développement (BAD) et désormais l'AIIB, dont Madagascar est membre depuis 2018.
Trois projets dans le pipeline
Le programme de transport multimodal et de logistique constitue le dossier le plus avancé, avec la composante ferroviaire encore en cours de définition. Deux autres projets sont également en préparation chez l'AIIB : l'amélioration du corridor lié à la RN9, pour lequel des études préparatoires ont déjà reçu un appui, et un projet d'énergie verte que Madagascar veut structurer avec plusieurs partenaires internationaux.
Le renforcement du quota maximal de financement aux membres non régionaux — porté de 15 % à 25 % par l'AIIB — améliore directement l'accès de Madagascar aux ressources de la banque asiatique.
Un signal fort pour l'Afrique de l'Est
À l'horizon 2026-2027, Madagascar s'inscrit dans une dynamique régionale de modernisation des infrastructures logistiques. Le port de Toamasina, en cours d'agrandissement, devrait devenir le plus grand d'Afrique de l'Est. La mobilisation de l'AIIB renforce la crédibilité des plans gouvernementaux et envoie un signal positif aux investisseurs privés susceptibles de financer les chainons manquants.
Pourquoi c'est important
Madagascar engage un pari stratégique : combler en accéléré un retard d'infrastructures accumulé sur des décennies, sans compromettre la soutenabilité de sa dette. Chaque milliard investi dans les transports se traduit directement par une baisse des coûts logistiques pour les exportateurs malgaches — vanille, ilménite, graphite — et par une meilleure compétitivité régionale. La convergence AIIB + Banque mondiale sur les mêmes projets est un signal rare de confiance dans la trajectoire de réforme du pays.