Antananarivo, 10 octobre 2026 — Le Conseil d'administration du Fonds monétaire international (FMI) a officiellement approuvé, le 30 septembre, les troisième et quatrième revues combinées des accords au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC) et de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD) conclus avec Madagascar. À la clé : un décaissement immédiat de 155 millions de dollars, dont environ 100 millions au titre de la FEC et 55 millions au titre de la FRD.
Une dérogation accordée malgré un déficit non respecté
L'approbation n'a pas été sans accroc. Madagascar n'avait pas respecté le critère relatif au solde primaire à fin juin 2025. Le Conseil a néanmoins accordé une dérogation, jugeant l'exécution du programme « globalement satisfaisante » au regard du contexte exceptionnel : transition politique, passage de cyclones dévastateurs, perturbations prolongées de la Jirama — la société d'eau et d'électricité d'État — et flambée des prix du pétrole.
Des réformes exigées, des délais négociés
En échange de ce décaissement, le FMI maintient ses exigences structurelles. Madagascar doit rationaliser les exonérations fiscales et renforcer ses administrations fiscale et douanière, dont les recettes restent « nettement en deçà des prévisions ». Le plan de redressement de la Jirama doit être appliqué rapidement. Enfin, le mécanisme automatique de fixation des prix des carburants devra être pleinement opérationnel d'ici janvier 2027, avec des aides ciblées pour les ménages vulnérables.
Des avancées concrètes ont toutefois été enregistrées : adoption du premier budget vert, lancement de la Stratégie nationale de financement climatique et mise en place d'un plan d'action anticorruption — même si certaines mesures accusent encore du retard.
3,8 % de croissance projetée, mais un déficit courant qui se creuse
Le FMI projette une croissance de 3,8 % pour Madagascar en 2026, contre 3,1 % en 2025. Mais le déficit courant se creuse à 8,3 % du PIB (contre 6 % en 2025), sous l'effet combiné des importations et de la facture énergétique.
Pourquoi c'est important
Ce financement de 155 millions de dollars arrive à un moment charnière pour l'économie malgache. Maintenir l'accord FEC-FRD avec le FMI est un signal de crédibilité fort envoyé aux investisseurs internationaux, mais c'est aussi la condition d'accès aux financements de la Banque mondiale et de l'Union européenne, deux partenaires essentiels au budget de l'État. « Le dialogue continue, mais la réalité change », résume Eklou Kodjovi, représentant résident du FMI à Madagascar.