[MADAGASCAR / AFRIQUE] Graphite : l'île rouge s'impose comme fournisseur stratégique pour les batteries européennes

Madagascar produit 80 000 à 85 000 tonnes de graphite par an. L'Allemagne évalue ses sites comme fournisseurs pour batteries EV. Mais la transformation reste le défi clé de la montée en gamme malgache.

Madagascar est en train de s'imposer comme un maillon essentiel de la chaîne d'approvisionnement mondiale en matériaux pour batteries. Avec 85 000 tonnes de graphite naturel produites en 2024 et 80 000 tonnes en 2025 selon l'USGS (United States Geological Survey), la Grande Île se positionne parmi les premiers producteurs mondiaux de ce minéral critique — indispensable à la fabrication des anodes pour batteries lithium-ion qui équipent les véhicules électriques.

L'Allemagne regarde vers Madagascar

L'agence géoscientifique allemande BGR (Bundesanstalt für Geowissenschaften und Rohstoffe) évalue activement plusieurs sites malgaches comme fournisseurs potentiels pour l'industrie allemande des batteries. L'intérêt européen est directement lié à la stratégie de réduction des dépendances vis-à-vis de la Chine, qui domine le traitement du graphite à l'échelle mondiale, et aux exigences du règlement européen sur les batteries entré en vigueur.

Des acteurs déjà sur le terrain

Plusieurs entreprises opèrent déjà à Madagascar :

  • NextSource Materials exploite la mine de Molo, dotée d'une capacité nominale de 17 000 tonnes par an — bien que la production annualisée tourne autour de 11 000 tonnes en raison de contraintes techniques.
  • Tirupati Graphite possède également des actifs sur l'île.
  • Les Établissements Gallois sont présents dans le secteur depuis plusieurs décennies.

Le défi majeur reste la chaîne de transformation : Madagascar produit le graphite brut, mais la valeur ajoutée — sphérisation, purification, électrodes — est captée ailleurs, principalement en Chine. Un déficit de souveraineté industrielle que les autorités cherchent à corriger avec l'appui de partenaires internationaux.

Pourquoi c'est important

La course mondiale aux minéraux critiques redessine la géopolitique économique de l'Océan Indien. Madagascar, avec ses réserves en graphite, nickel et cobalt, dispose d'un atout majeur pour capter des investissements industriels à haute valeur ajoutée. Pour les décideurs de la région — qu'ils soient à Maurice, à La Réunion ou aux Seychelles — la montée en puissance de Madagascar comme fournisseur stratégique est une opportunité de structurer des chaînes de valeur régionales autour de la transition énergétique mondiale.

Sources : USGS (données 2024-2025), BGR Allemagne, Ecofin Agency, NextSource Materials.

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