Le 24 août 2026, à Saint-Pierre, Édouard Philippe a rencontré les acteurs économiques réunionnais dans une séquence politique exceptionnelle. Candidat déclaré à l'élection présidentielle, l'ancien Premier ministre a mis sur la table un sujet que les gouvernements successifs ont longtemps évité : la réforme de l'octroi de mer. Katy Hoarau, présidente du Medef Réunion, a traduit le malaise ambiant : « J'en ai marre qu'on parle de nous comme des gens résilients ».
Un impôt protecteur, mais controversé
L'octroi de mer est une taxe locale sur les importations en vigueur dans les départements et régions d'outre-mer français. À La Réunion, il génère environ 300 millions d'euros par an pour les collectivités locales — une part significative de leurs budgets de fonctionnement. Il sert aussi de barrière protectrice pour la production locale en renchérissant les produits importés concurrents. Ce double rôle fiscal et protectionniste le rend structurellement difficile à réformer sans compensation adéquate.
Philippe pose ses conditions à toute évolution
Sans appeler à une suppression immédiate, Édouard Philippe a estimé nécessaire d'« ouvrir la réflexion ». Il a posé une condition ferme à tout changement : toute révision doit reposer sur une assiette fiscale plus large dont le produit reviendrait intégralement au territoire pour financer l'investissement local. Le signal politique est clair : le sujet est sur l'agenda présidentiel pour la première fois depuis les débats de 2022 sur la réforme du régime européen d'autorisation.
Les entreprises face à des obstacles structurels multiples
Au-delà de l'octroi de mer, les entrepreneurs réunionnais ont listé les principaux freins à leur compétitivité : coûts du fret maritime et de la construction, complexité des aides européennes, poids des normes hexagonales inadaptées au contexte ultramarin et délais administratifs. Ils appellent à un meilleur ancrage de la France dans les négociations bruxelloises pour défendre les intérêts spécifiques des régions ultrapériphériques (RUP).
Pourquoi c'est important
L'octroi de mer est à la fois une bouée de sauvetage budgétaire pour les communes réunionnaises et un facteur de cherté de la vie régulièrement dénoncé par les consommateurs. Sa réforme impliquerait une négociation complexe impliquant Bruxelles, Paris et les collectivités locales. Que cet impôt soit maintenu, amendé ou remplacé, la question soulevée par Philippe à Saint-Pierre révèle une tension croissante : La Réunion a besoin d'un modèle économique moins dépendant de la solidarité nationale et plus ancré dans la production et la compétitivité locales.