Le CESER (Conseil économique, social et environnemental régional) tire la sonnette d'alarme : les contrats aidés PEC s'effondrent de 12 000 à 4 000 entre 2024 et 2026, tandis que les besoins d'accompagnement social explosent. Un « effet ciseaux » qui fragilise un système d'insertion déjà sous tension.
Des chiffres qui interpellent
La coupe est nette et documentée. Les contrats aidés PEC (Parcours Emploi Compétences) passent de 12 000 en 2024 à 10 000 en 2025, puis 4 000 en 2026 — soit une réduction de 67 % en deux ans. Les emplois verts, eux, sont réduits de 700 à seulement 250 contrats. Parallèlement, la prise en charge de l'État passe de 50 % à 40 % du coût salarial, et la durée des contrats est limitée à 6 mois.
Le Programme Régional pour l'Insertion et la Compétitivité (PRIC) perd quant à lui environ 10 millions d'euros de financements, amputant les dispositifs de formation professionnelle au moment précis où ils sont le plus nécessaires.
Un terreau social fragilisé
Ces coupes interviennent dans un contexte social particulièrement tendu. La Réunion compte plus de 90 000 allocataires du RSA. Chez les 15-29 ans, 26 % sont en situation NEET — ni en emploi, ni en études, ni en formation — un taux qui dépasse largement les moyennes nationales. Le niveau de formation reste structurellement faible : seulement 22,3 % des Réunionnais détiennent un diplôme de l'enseignement supérieur, contre 44 % en métropole. L'illettrisme touche 17 % des adultes, soit presque le double de la moyenne française.
Face à cette réalité, la réduction des contrats aidés ne fait pas qu'ajuster une ligne budgétaire — elle retire un filet de sécurité à des milliers de personnes qui n'ont pas d'autre voie d'insertion vers l'emploi.
L'effet ciseaux : plus de besoins, moins de moyens
Le CESER décrit un mécanisme implacable : d'un côté, les besoins d'accompagnement social augmentent sous l'effet de la précarité croissante. De l'autre, les budgets publics se réduisent. Les deux courbes se croisent — d'où la métaphore des ciseaux — créant un vide que ni les entreprises privées, ni les collectivités seules ne peuvent combler à court terme.
Pour les entreprises réunionnaises, ce signal a une traduction concrète : la tension sur le vivier de compétences disponibles va s'accentuer dans les secteurs à faible qualification, déjà sous pression. Le BTP, la distribution, l'hôtellerie-restauration et les services à la personne sont en première ligne.
Pourquoi c'est important
L'enjeu dépasse la politique sociale. Si La Réunion ne parvient pas à faire monter en compétences une part significative de sa jeunesse, elle risque de manquer le virage de la transition numérique et écologique — deux secteurs qui conditionnent la compétitivité de l'île pour les 20 prochaines années. Le signal adressé aux partenaires sociaux et aux institutionnels est clair : il est urgent de trouver des mécanismes de substitution avant que l'effet ciseaux ne devienne irréversible.
Sources : CESER de La Réunion, Journal.re, Zinfos974, INSEE Note de conjoncture régionale T1 2026.