Après une année 2024 difficile, La Réunion a retrouvé en 2025 un rythme de croissance plus soutenu, avec un PIB en hausse de 1,1 %, dépassant même la métropole. Mais derrière les chiffres encourageants, les fragilités structurelles persistent — et 2026 s'annonce sous haute tension.
Un rebond mieux ancré qu'en 2024
Les derniers indicateurs de conjoncture de l'île dressent un tableau en demi-teinte. La croissance a progressé à 1,1 % en 2025, contre seulement 0,5 % l'année précédente, et contre 0,8 % pour la France métropolitaine. Deux moteurs principaux ont porté ce rebond : les dépenses publiques (+2,5 %) et la consommation des ménages (+1,2 %). L'inflation, elle, s'est nettement assagie à 1,4 %, après un pic à 2,8 % en 2024, redonnant un peu de pouvoir d'achat aux familles.
Sur le front de l'emploi, la situation reste stable sans être euphorisante : l'emploi salarié a progressé de +0,4 %, mais le secteur de la construction a enregistré une contraction de 1,8 %, signe de tensions dans un secteur pourtant structurellement moteur pour l'île.
Le tourisme, véritable bouffée d'air frais
La grande satisfaction de 2025 reste le rebond touristique. Le taux d'occupation hôtelière a progressé de 5 %, et les établissements haut de gamme (4 et 5 étoiles) ont vu leur fréquentation bondir de +14 %. Ce regain reflète une demande croissante pour une destination qui mise sur son positionnement premium dans l'Océan Indien. L'enjeu pour 2026 sera de consolider ces gains face à une concurrence régionale de plus en plus affûtée — Maurice et les Seychelles jouant activement la carte du tourisme de luxe.
Des exportations encore en souffrance
Côté extérieur, le tableau reste défavorable. Les exportations demeurent sous pression en raison d'une production sucrière affectée par les cyclones et d'un repli des exportations de produits de la mer. Les importations ont, elles, progressé de 3,5 %, creusant davantage le déficit commercial chronique de l'île. Une vulnérabilité ancienne que ni la croissance de 2025, ni le rebond touristique ne parviennent à compenser structurellement.
2026 : entre vents contraires et tensions inflationnistes latentes
Les économistes anticipent un essoufflement de la dynamique en 2026. Les incertitudes géopolitiques et commerciales internationales pèsent sur les perspectives, tandis que la hausse des coûts du carburant menace de relancer l'inflation. La dépendance de La Réunion aux importations — qu'il s'agisse des produits alimentaires, de l'énergie ou des biens d'équipement — la rend particulièrement vulnérable aux chocs externes. Le soutien de la dépense publique, qui a joué un rôle crucial en 2025, sera-t-il encore au rendez-vous dans un contexte de rigueur budgétaire nationale ?
Pourquoi c'est important
La Réunion est l'économie la plus intégrée de l'Océan Indien dans le système européen. Sa trajectoire donne le ton pour les acteurs économiques régionaux qui y exportent, y investissent ou y cherchent un accès au marché européen. Un ralentissement confirmé en 2026 pourrait freiner les projets de coopération régionale et peser sur la demande adressée aux partenaires de la COI. Pour les décideurs de la zone, surveiller les indicateurs réunionnais, c'est aussi anticiper les effets de contagion sur les économies voisines.