La campagne sucrière 2026 est sous tension. Dans le bassin Nord-Est de La Réunion, les opérations « tournent au ralenti depuis plusieurs jours », selon la Chambre d'agriculture. En cause : des dysfonctionnements techniques à l'usine de Bois-Rouge, des arrêts de réception non annoncés et un conflit ouvert entre les organisations agricoles et l'industriel Tereos.
Cristallisation du sucre et tapis convoyeur endommagé
Olivier Fontaine, président de la Chambre d'agriculture de La Réunion, dresse un tableau sévère : problèmes de cristallisation du sucre, tapis convoyeur de bagasse endommagé, fermeture de centres de réception avant une suspension totale des livraisons dans le Nord et l'Est de l'île. Pour Fontaine, la situation est une « prise en otage des planteurs » : Tereos ferait porter aux agriculteurs la responsabilité de difficultés qui relèvent de l'industriel.
La FDSEA et les Jeunes Agriculteurs sonnent également l'alarme. La FDSEA conteste la thèse avancée par Tereos sur la « pureté des cannes » — un argument selon lequel la qualité de la matière première livrée serait insuffisante — et réclame une contre-expertise indépendante. Les Jeunes Agriculteurs dénoncent pour leur part des arrêts de réception qui désorganisent la récolte et génèrent des pertes économiques pour des exploitants déjà fragilisés.
Une filière sous pression structurelle depuis des années
Ce conflit n'est pas conjoncturel. La filière canne-sucre réunionnaise traverse des « difficultés structurelles depuis plusieurs années », selon la formule de la Chambre d'agriculture. La récolte 2025 s'était déjà annoncée historiquement basse. Le secteur subit la pression des cours mondiaux, les coûts de production insulaires élevés, et une concurrence accrue des sucres continentaux. La campagne 2026 est donc scrutée de près : le tonnage final conditionnera les perspectives économiques de l'agriculture réunionnaise à court terme.
Tereos de son côté assure qu'il n'y a « pas de panne à Bois-Rouge » et attribue les difficultés à la qualité des cannes réceptionnées. Un désaccord technique qui se joue devant les caméras et dans les champs, pendant que la récolte continue — au ralenti.
Pourquoi c'est important
La canne à sucre représente l'un des derniers piliers de l'agriculture réunionnaise. La filière emploie plusieurs milliers d'actifs directs et indirects. Tout retard ou réduction du tonnage récolté a des répercussions en cascade : sur les revenus des planteurs, sur l'activité des deux usines (Bois-Rouge et Le Gol), et sur les indicateurs économiques de l'île. La crise de confiance entre Tereos et le monde agricole ajoute une couche de fragilité à une filière qui cherche encore sa trajectoire de long terme.
Sources : Imazpress, Zinfos974, Témoignages — 7-8 août 2026.