Le taux de chômage de La Réunion a bondi à 19 % de la population active au deuxième trimestre 2026, soit une hausse de trois points en un an, selon les données de l'INSEE publiées ce lundi. Derrière ce chiffre, un double mécanisme : l'effondrement des contrats aidés et la flambée des défaillances d'entreprises.
Trois points de plus en douze mois
Au deuxième trimestre 2025, le taux de chômage de l'île s'établissait à 16 %. Un an plus tard, il atteint 19 % — plus du double de la moyenne nationale fixée à 8,3 % par l'INSEE pour la même période. La dégradation est nette et rapide, dans un contexte où l'économie réunionnaise reste pourtant « mieux orientée qu'au niveau national » selon l'institut statistique.
Les contrats aidés, premier coupable
La cause principale identifiée est la chute brutale des Parcours emploi compétences (PEC). En juin 2026, seulement 4 700 personnes bénéficiaient de ce dispositif, soit 3 400 de moins que l'année précédente. Cette réduction fait directement suite à une « forte diminution des crédits nationaux dédiés aux contrats aidés ». Résultat : l'emploi public a reculé de 0,9 % sur le trimestre et de 1,1 % sur un an, représentant environ 1 000 postes supprimés dans le secteur public.
Le privé stable, mais fragile
L'emploi salarié privé se maintient globalement (+0,7 % sur un an), porté par le commerce (+0,6 % trimestriel), l'hôtellerie-restauration (+0,9 % annuel) et surtout l'information-communication (+4,3 %). Mais ce dynamisme sectoriel ne compense pas les pertes. Construction, transports et intérim perdent chacun une centaine de postes sur le trimestre. Les apprentissages baissent quant à eux de 5,4 %, soit 700 apprentis de moins.
1 240 défaillances d'entreprises en un an
Le tableau se noircit davantage côté entreprises : les défaillances ont progressé de 18 % sur douze mois, touchant 1 240 sociétés. Le secteur de la construction, en particulier, affiche ses plus bas niveaux de mises en chantier depuis le début des années 2000 — un indicateur avancé qui préfigure de nouvelles suppressions d'emploi dans les mois à venir.
Pourquoi c'est important
La Réunion concentre structurellement un chômage élevé (18-20 %) depuis des décennies, mais la rapidité de la dégradation actuelle — trois points en un an — est inhabituelle. Elle pointe une vulnérabilité critique : la dépendance de l'emploi local aux aides d'État. Quand l'État désengage ses enveloppes, les chiffres se dégradent immédiatement. La question de la soutenabilité du modèle d'emploi réunionnais, largement soutenu par la commande publique et les dispositifs nationaux, se pose avec acuité à l'approche des discussions budgétaires 2027.