La Réunion enregistre un taux de chômage de 19,6 % au premier trimestre 2026, en hausse de 2,6 points sur un an. L'île se classe deuxième parmi les régions françaises affichant la plus forte progression du chômage — juste après la Guyane. Un signal d'alerte que les décideurs économiques ne peuvent ignorer.
Des chiffres alarmants dans un contexte national tendu
Alors que le taux de chômage national s'établit à 8,1 % en France hexagonale, La Réunion affiche un écart de 11,5 points — un fossé structurel qui ne se réduit que marginalement. Fin 2024, l'île comptait 293 300 salariés pour 62 100 demandeurs d'emploi. L'emploi salarié reste stable selon l'INSEE, mais c'est précisément ce maintien apparent qui masque la réalité : la hausse du chômage s'explique en partie par la mise en œuvre de la loi pour le plein emploi début 2025, qui intègre désormais dans les statistiques les bénéficiaires du RSA et les jeunes de 15 à 29 ans.
Construction et intérim : les deux talons d'Achille
Les secteurs les plus touchés restent la construction (-1 200 emplois en 2024) et l'intérim (-700 emplois). Ces deux secteurs, traditionnellement porteurs pour les actifs peu qualifiés, peinent à retrouver leur niveau d'avant-crise. Le taux d'emploi de La Réunion s'établit à 52 %, contre 69 % en France hexagonale — soit 17 points d'écart, en légère réduction par rapport aux 20 points constatés en 2019.
Le numérique, seul contre-feu sérieux
Face à cette dégradation, les acteurs économiques réunionnais misent sur le virage numérique. Le secteur tech a créé 500 emplois supplémentaires entre le T3 2024 et le T3 2025, dont 300 dans le privé. France 2030 a injecté 2,4 millions d'euros en avril 2026 pour accompagner PME et ETI innovantes. Le Contrat de Filière Numérique 2026-2028 vise l'accompagnement de 8 000 TPE et PME vers la transformation digitale.
Pourquoi c'est important
La Réunion ne peut pas se contenter d'espérer un rebond conjoncturel. La persistance d'un chômage structurellement élevé — presque 2,5 fois la moyenne nationale — impose une politique économique différenciée, ciblant la montée en compétences, la diversification sectorielle et l'intégration régionale dans l'espace Océan Indien. Sans inflexion majeure, le risque est celui d'une décennie perdue pour une génération entière de jeunes réunionnais.