L'agence de notation Fitch a abaissé ses prévisions de croissance pour plusieurs grandes économies est-africaines en 2026, citant directement les répercussions du conflit entre l'Iran, les États-Unis et Israël sur les routes maritimes mondiales. Le détroit d'Ormuz, qui gère 20 % de l'approvisionnement pétrolier mondial, est au cœur de la révision.
Les chiffres revus à la baisse
Les nouvelles projections de Fitch font état d'une dégradation mesurée mais significative pour trois des économies les plus dynamiques du continent :
- Kenya : de 5,2 % à 5,0 % de croissance attendue
- Éthiopie : de 8,2 % à 8,0 %
- RDC : de 5,7 % à 5,2 %
Ces révisions s'accompagnent d'une remontée des prévisions d'inflation : le Kenya est désormais attendu à 5,5 % (contre 4,6 % précédemment), l'Éthiopie à 13,5 % (contre 11,2 %). Sur l'ensemble de l'Afrique subsaharienne, Fitch ramène la croissance régionale à 4,2 % (contre 4,3 %).
Le détroit d'Ormuz au cœur du choc
Le conflit déclenché le 28 février 2026 entre l'Iran, les États-Unis et Israël a mis sous forte pression le détroit d'Ormuz. Ce passage étroit, qui gère 20 % de l'approvisionnement pétrolier mondial et 30 % du commerce maritime planétaire, constitue un point de vulnérabilité critique pour les économies africaines importatrices d'énergie. Sa perturbation se traduit par une hausse des prix pétroliers, un renchérissement des coûts de transport et une aggravation des déficits commerciaux.
La Tanzanie, cas d'école d'une vulnérabilité extrême
Fitch cible particulièrement la Tanzanie, dont 62 % des importations de carburant et 40 % des engrais proviennent des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG). L'agence pointe également le secteur touristique tanzanien — qui représente 25 % de ses exportations de services — comme une source de vulnérabilité supplémentaire en cas de ralentissement des flux en provenance du Moyen-Orient.
Pourquoi c'est important
Pour l'Océan Indien, les répercussions sont directes : la hausse des prix pétroliers alourdit les coûts d'importation d'énergie pour Maurice, La Réunion et Mayotte. Les projets d'infrastructure financés par des capitaux du Golfe — très actifs dans la région — pourraient connaître des délais. À l'inverse, cette crise accélère la prise de conscience sur la nécessité de diversifier les sources d'énergie. Les îles qui ont investi dans le solaire et l'éolien se retrouvent, paradoxalement, dans une position structurelle plus favorable face à ces chocs extérieurs.