Le plus grand chantier aéroportuaire du continent vient de révéler ses candidats : sur les 33 entreprises présélectionnées pour construire le futur aéroport international de Bishoftu, 15 sont chinoises. Un rapport de force qui cristallise les tensions sino-américaines sur les infrastructures africaines.
Un projet à 12,5 milliards de dollars
Situé à 40 kilomètres au sud-est d'Addis-Abeba, l'aéroport de Bishoftu doit devenir le plus grand d'Afrique, avec une capacité de 110 millions de passagers annuels à l'horizon 2030. Son coût total est estimé à 12,5 milliards de dollars, dont 500 millions déjà engagés par la Banque africaine de développement (BAfD).
Parmi les géants chinois présents dans la liste restreinte figurent China Communications Construction Company (CCCC), China Civil Engineering Construction Corporation (CCECC), China Road and Bridge Corporation (CRBC) et Beijing Urban Construction Group. Ces entreprises, habituées aux grands chantiers africains financés par Pékin, s'affrontent cette fois dans un appel d'offres ouvert à la concurrence internationale.
La réponse américaine, fragilisée
Les États-Unis avaient affiché leur volonté de financer une partie du projet, dans le cadre de leur stratégie de désengagement de la dépendance africaine aux infrastructures chinoises. Mais la domination chinoise sur la liste des présélectionnés — 45 % des slots — complique considérablement cette ambition diplomatique.
Des entreprises européennes (Webuild, Vinci), sud-coréennes (Samsung C&T) et turques (Kalyon, IC Ictas) complètent la liste, offrant à l'Éthiopie des options de diversification. Addis-Abeba n'a pas encore tranché.
Un hub continental en construction
L'aéroport Bole International, actuel hub d'Ethiopian Airlines, atteint ses limites de capacité. Bishoftu doit décharger ce trafic et positionner l'Éthiopie comme plaque tournante intercontinentale entre l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Asie. La compagnie Ethiopian Airlines, première d'Afrique, a transporté plus de 17 millions de passagers en 2025.
Le chantier, s'il est adjugé dans les délais, devrait générer des milliers d'emplois locaux et stimuler le tissu industriel de la région d'Oromia. Les travaux sont prévus de 2027 à 2030.
Pourquoi c'est important
Le dossier Bishoftu illustre une dynamique qui dépasse l'Éthiopie : la bataille pour les infrastructures stratégiques africaines est devenue un terrain d'affrontement entre les grandes puissances. Pour les investisseurs et les opérateurs de la région Océan Indien, la montée en puissance de ce hub à l'entrée de la Mer Rouge représente à la fois une opportunité logistique et une concurrence accrue sur les routes aériennes régionales.
Sources : 2merkato.com, Birr Metrics, Ethio Negari — août 2026