La Banque africaine de développement vient d'accorder 137 millions de dollars aux Comores pour moderniser ses infrastructures portuaires. Avec les cofinancements de la Banque mondiale, de l'AFD et de l'UE, l'enveloppe totale dépasse 247 millions de dollars — un signal fort pour un archipel longtemps à l'écart des grandes routes commerciales mondiales.
Un financement historique pour un archipel stratégique
Le Fonds africain de développement (FAD) a approuvé un don de 135 millions de dollars, complété par 2 millions supplémentaires du Fonds d'appui à la transition. À cela s'ajoutent plus de 110 millions de dollars mobilisés auprès de la Banque mondiale, la Banque islamique de développement, l'Agence française de développement et l'Union européenne. Le chiffre total — 247 millions de dollars — représente l'investissement public le plus important jamais consenti dans les infrastructures maritimes comoriennnes.
L'objectif : transformer l'archipel en pôle logistique entre l'Afrique et l'Asie, en tirant parti de sa position géographique dans le canal du Mozambique, l'une des voies de navigation les plus fréquentées de l'océan Indien occidental.
Zone économique spéciale et emplois au cœur du projet
Au-delà de la modernisation des quais et des équipements portuaires, le projet prévoit la création d'une zone économique spéciale (ZES) adossée aux nouvelles infrastructures. Des milliers d'emplois sont attendus, avec une priorité affichée pour les jeunes et les femmes — deux segments particulièrement touchés par le chômage dans l'archipel, où le taux dépasse 25 %.
Le corridor maritime vise aussi à développer les chaînes de valeur agricoles et halieutiques, deux secteurs dans lesquels les Comores disposent d'avantages comparatifs réels mais souffrent d'un accès insuffisant aux marchés régionaux.
Un positionnement géostratégique à saisir
Le canal du Mozambique concentre une part significative du trafic maritime entre l'Asie, le Moyen-Orient et l'Afrique australe. Des acteurs comme Maurice et La Réunion ont su valoriser leur position dans cet espace ; les Comores entendent désormais rejoindre ce club.
« Tirer parti de sa position géographique stratégique dans le canal du Mozambique pour établir un pôle logistique entre l'Afrique et l'Asie », résume la BAD dans sa présentation du projet. Un positionnement qui n'est pas sans rappeler celui que Djibouti a su construire à l'entrée de la mer Rouge.
Pourquoi c'est important
Les Comores figurent parmi les économies insulaires les plus fragiles du monde. Un tel investissement peut repositionner structurellement l'archipel dans les circuits régionaux d'échanges, réduire sa dépendance aux importations coûteuses et créer une base fiscale plus solide. Pour les entreprises régionales — mauriciennes, réunionnaises, malgaches —, les Comores pourraient devenir un nouveau marché intermédiaire dans les prochaines années.
Sources : Banque africaine de développement, Agence Ecofin