Adoptée par le Parlement comorien le 15 juin 2026 et promulguée six semaines plus tard, le 27 juillet, la nouvelle loi relative au commerce intérieur marque un tournant dans la politique économique de l'archipel. Elle réserve aux seuls ressortissants comoriens d'origine trois grandes catégories d'activités : la vente ambulante, les services personnels de proximité et les petits ateliers artisanaux. Les commerçants étrangers sont exclus de ces segments, désormais considérés comme un patrimoine économique national à protéger.
Ce que prévoit le texte
L'article 26 de la loi liste les motifs fondant cette restriction : « ordre public, sécurité alimentaire et souveraineté économique ». Concrètement, sont désormais réservées aux Comoriens d'origine la vente ambulante de produits alimentaires ou artisanaux, les services personnels (coiffure, soins à domicile, aide ménagère) et les petits ateliers de réparation (mécanique légère, couture, électronique de base).
Le texte précise que les ressortissants étrangers naturalisés — devenus comoriens par la procédure légale de naturalisation — ne sont pas concernés par ces restrictions. Le législateur a ainsi voulu distinguer l'intégration durable à la société comorienne d'une présence commerciale temporaire sur le territoire.
Protéger le tissu économique local
Le gouvernement justifie cette réforme comme « un instrument de protection du tissu économique local » face à une concurrence étrangère perçue comme déstabilisante pour les petits commerçants les plus vulnérables. L'économie informelle constitue en effet un pilier de subsistance pour de nombreux ménages de l'archipel, en particulier en milieu urbain et péri-urbain.
Cette démarche s'inscrit dans une tendance observable dans plusieurs États africains : face aux pressions économiques post-pandémie, des gouvernements choisissent de réserver certaines niches à leurs nationaux pour préserver les revenus des classes populaires et renforcer la cohésion sociale.
Pourquoi c'est important
Pour les opérateurs régionaux — notamment ceux de Maurice, La Réunion ou Madagascar présents aux Comores — cette loi redéfinit les règles du jeu. Elle signale aussi une volonté politique de reconfigurer la souveraineté économique de l'archipel par la loi plutôt que par la seule régulation du marché. À l'heure où les Comores viennent de signer l'APE+ avec l'UE, cette décision illustre un équilibre complexe entre ouverture internationale et protection nationale, à intégrer dans toute stratégie régionale.