[COMORES] Carburant et électricité : SCH et Sonelec se renvoient la balle sur fond de crise estivale

La SCH a livré 13 100 tonnes en juillet, mais la Sonelec d'Anjouan accuse toujours des défaillances. Entre quota de 3 000 L/jour et dette de 429 M de FC, les Comores restent sous tension énergétique cet été.

Comores — Business.OI
Photo : ddlogg / Pexels

Les Comores traversent un été sous haute tension énergétique. Alors que la Société Comorienne des Hydrocarbures (SCH) assure avoir livré ses volumes habituels début juillet, la Société Nationale d'Électricité (Sonelec) d'Anjouan pointe du doigt des approvisionnements insuffisants pour expliquer les délestages persistants. Entre accusations mutuelles et longues files d'attente aux stations-service, ce sont les ménages et les entreprises qui paient la facture.

Un approvisionnement en dispute

Selon le directeur régional de la SCH, 13 100 tonnes métriques ont été réceptionnées début juillet, avec le prochain chargement attendu le 10 août 2026. La société affirme que les quantités habituelles de gasoil ont bien été livrées les 10 et 11 juillet pour couvrir le week-end. La Sonelec Anjouan conteste cette version, invoquant des ruptures de stock qui auraient déclenché les coupures de courant.

La SCH maintient une politique de limitation volontaire des allocations par station. Son directeur justifie cette décision : « Nous connaissons les volumes habituels de chaque station en été. Nous ne comprenons pas pourquoi certaines en réclament soudainement davantage. » Les opérateurs privés dénoncent une pratique anticoncurrentielle, accusant la SCH — qui contrôle 50 % des importations de gazole — de restreindre délibérément les livraisons pour conserver son monopole.

Une crise structurelle qui s'enlise

La situation n'est pas nouvelle. Fin juin 2026, une pénurie avait paralysé une partie de l'économie comorienne, entraîné des coupures d'eau (les pompes nécessitent 12 heures de fonctionnement continu) et contraint le gouvernement à reculer sur une hausse des prix du carburant annoncée le 9 mai. Le quota imposé dans les stations de Moroni — 3 000 litres par jour maximum — illustre la fragilité d'un archipel totalement dépendant des importations via le Golfe.

La dette de la Sonelec envers la SCH, estimée à 429 millions de francs comoriens en 2022, constitue l'un des nœuds du problème. Sans règlement de ces arriérés, la chaîne d'approvisionnement reste vulnérable à tout retard de paiement — comme l'a montré l'épisode de mai, où un navire est resté au large de Moroni dans l'attente d'un virement.

Un impact économique diffus mais réel

Au-delà du débat institutionnel, ce sont les PME et les commerçants qui absorbent les chocs. Transports paralysés, générateurs en surchauffe, chaîne du froid fragilisée : la pénurie d'énergie se transforme rapidement en perte de chiffre d'affaires pour le tissu économique local. Le retour de la diaspora pour l'été — qui amplifie mécaniquement la demande — accentue une tension déjà chronique.

Pourquoi c'est important

La crise comorienne est le miroir d'une vulnérabilité partagée par plusieurs îles de l'Océan Indien : une dépendance énergétique totale aux importations, des chaînes d'approvisionnement longues, et des mécanismes de subvention insoutenables à long terme. La mise à niveau des infrastructures de stockage et la diversification des fournisseurs constituent des chantiers prioritaires pour toute la région — Maurice, Madagascar et les Seychelles font face à des défis similaires, à des degrés divers.

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