[AFRIQUE] Marché carbone : la CEDEAO vise 294 milliards de dollars pour combler le déficit climatique de l'Afrique de l'Ouest

La CEDEAO a annoncé le 13 août 2026 une plateforme régionale de marché carbone pour combler un déficit climatique de 294 milliards de dollars en Afrique de l'Ouest. Une initiative qui concerne directement Madagascar, les Comores et l'ensemble de l'Océan Indien.

Afrique — Business.OI
Photo : Elif Ilkel / Pexels

La Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a annoncé le 13 août 2026 l'avancement d'une plateforme régionale commune de marché carbone. L'objectif : mobiliser des financements climatiques à grande échelle pour combler un déficit estimé à 294 milliards de dollars. Une initiative qui concerne directement les investisseurs et les États insulaires de l'Océan Indien, Madagascar en tête.

294 milliards : le chiffre de l'urgence climatique africaine

Selon le communiqué officiel de la CEDEAO publié le 13 août 2026, l'Afrique de l'Ouest doit mobiliser 294 milliards de dollars d'ici 2030 pour financer ses plans nationaux d'adaptation et d'atténuation climatiques (NDC). Ce montant représente l'écart colossal entre les besoins identifiés et les ressources disponibles via les canaux publics et privés classiques. La réponse de la CEDEAO : une plateforme régionale de marché carbone standardisée, transparente et interopérable, qui permettrait aux 15 États membres de valoriser collectivement leurs actifs naturels en crédits carbone négociables sur les marchés internationaux.

Comment fonctionne le projet de marché régional

L'initiative s'appuie sur le potentiel considérable de l'Afrique de l'Ouest en termes de séquestration carbone : forêts tropicales en Côte d'Ivoire, Ghana et Nigeria, savanes du Sahel, mangroves côtières du Sénégal et de la Guinée, vastes surfaces agricoles. La plateforme envisagée rassemblerait des standards de mesure communs, un registre régional des transactions et un organe de supervision indépendant — les trois piliers nécessaires pour que les crédits carbone africains soient reconnus et valorisés sur les marchés volontaires mondiaux et sur les bourses réglementées.

Les concepteurs de la plateforme ont intégré les leçons des expériences pionnières en Afrique du Sud et au Kenya, notamment pour éviter le double comptage des crédits et renforcer la transparence des projets. L'objectif est de se positionner sur un marché volontaire mondial qui devrait atteindre 50 milliards de dollars par an d'ici 2030, selon les projections du McKinsey Global Institute, contre moins de 2 milliards aujourd'hui.

L'Océan Indien dans la course : Madagascar, les îles et le potentiel inexploité

Si l'initiative est portée par l'Afrique de l'Ouest, ses implications débordent largement cette géographie. Madagascar — qui abrite l'une des biodiversités les plus exceptionnelles de la planète et des forêts tropicales considérables — dispose d'un potentiel carbone parmi les plus élevés d'Afrique subsaharienne. Les mécanismes REDD+ (réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts) pourraient générer des revenus significatifs pour l'État malgache, à condition qu'un cadre régional crédible existe. Les Comores, riches en mangroves et en biodiversité marine, sont dans une situation similaire. L'initiative CEDEAO pourrait servir de modèle pour une plateforme équivalente dans l'Océan Indien, associant Madagascar, les Comores, les Seychelles et potentiellement Maurice comme hub de structuration financière.

Pourquoi c'est important

Le marché volontaire du carbone est l'un des rares mécanismes permettant à des États pauvres en capitaux mais riches en ressources naturelles de monétiser leur patrimoine environnemental sans le détruire. L'Afrique, qui subit de plein fouet les effets du changement climatique malgré une contribution historique marginale aux émissions mondiales, ne capte aujourd'hui qu'une fraction du flux de capitaux climatiques mondiaux. Si la CEDEAO réussit à structurer une plateforme régionale crédible, elle pourrait changer radicalement ce rapport de force — et ouvrir la voie à des initiatives similaires dans l'Océan Indien. Pour les décideurs de la zone OI, suivre cette expérience de près n'est pas une option, c'est une nécessité stratégique.

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