Selon le dernier rapport de la Banque africaine de développement (BAD), l'Afrique de l'Est reste la région la plus dynamique du continent avec une croissance estimée à 5,9 % en 2026. Rwanda, Tanzanie et Ouganda tirent vers le haut, mais un déficit annuel de financement du développement de 119 milliards de dollars menace de brider le décollage.
Le Rwanda, locomotive à 7 %
Le Rwanda devrait enregistrer une croissance du PIB réel de 7,0 % en 2026, portée par des services dynamiques, la construction, le tourisme et un investissement public soutenu. La BAD salue « une forte performance dans les services, la construction, la fabrication et l'agriculture, avec la demande intérieure et l'investissement public comme socle ». En 2025, le pays avait déjà affiché 9,4 % — l'un des meilleurs taux continentaux.
L'inflation rwandaise, montée à 7,2 % en 2025, devrait se détendre à 5,6 % en 2026, restant dans des limites gérables pour la politique monétaire.
La Tanzanie consolide à 5,4 %
La croissance tanzanienne modère légèrement à 5,4 % en 2026 (contre 6,0 % en 2025), dans un contexte de tensions commerciales mondiales et de perturbations des chaînes d'approvisionnement liées au Moyen-Orient. Signe de bonne santé financière : le crédit au secteur privé a progressé de 20,3 % en 2025, témoignant d'une dynamique d'investissement privé robuste. L'inflation reste contenue à 3,8 % en 2026, dans les cibles de la banque centrale.
Un déficit de 119 milliards qui change tout
Derrière les chiffres de croissance, la BAD identifie un goulot d'étranglement structurel : l'Afrique de l'Est fait face à un déficit annuel de financement du développement de 119 milliards de dollars. Le Kenya à lui seul aurait besoin de 12,5 milliards de dollars par an d'ici 2030 pour couvrir ses besoins de développement.
Eva Ruganzu, responsable régionale de mise en œuvre à la BAD, martèle : « La résilience ne peut pas s'obtenir par l'isolement », appelant à des réformes audacieuses de financement et à une coopération régionale renforcée.
Les recommandations de la BAD
À court terme, la banque préconise de renforcer l'administration fiscale, améliorer l'efficacité de la dépense publique et réduire les flux financiers illicites. À moyen terme, l'institution mise sur les partenariats public-privé, la mobilisation des fonds de pension et des fonds de la diaspora, et l'approfondissement des marchés de capitaux régionaux en monnaie locale. La BAD estime par ailleurs que les actifs institutionnels africains dépassent 4 000 milliards de dollars — un vivier largement sous-mobilisé pour le financement des infrastructures.
Pourquoi c'est important
L'Afrique de l'Est est le premier marché de croissance du continent. Pour les entreprises et investisseurs de l'Océan Indien, la dynamique rwando-tanzanienne représente une porte d'entrée vers un bassin de consommateurs en expansion rapide — à condition de combler le fossé du financement.
Sources : BAD — East Africa Economic Outlook 2026, EastAfrican, TanzaniaInvest.