La Tanzanie multiplie les offensives diplomatico-économiques à l'automne 2026. Forum d'investissement à Londres le 8 octobre, accord de non-double imposition avec le Qatar le 29 septembre, délégation omanaise à Dar es-Salaam et deuxième commission mixte avec le Vietnam : Dodoma déploie une stratégie de diversification tous azimuts pour attirer les capitaux du monde entier.
Le Forum de Londres, vitrine d'un pipeline de 30 milliards de dollars
Le Tanzania Investment Forum, organisé à Londres par le Haut-Commissariat tanzanien et Invest Africa, a réuni le 8 octobre 2026 les principaux fonds d'investissement britanniques et européens. Le Premier ministre tanzanien Mwigulu Nchemba conduisait personnellement la délégation gouvernementale. L'événement s'inscrit dans une série de road-shows organisés en septembre-octobre en Finlande, en Italie et aux Pays-Bas, où la Tanzanie présente un pipeline de 68 projets valorisés à 30,1 milliards de dollars — énergie, mines, infrastructures, logistique, agro-industrie, fabrication, technologie, finance et tourisme.
Cette offensive occidentale se prolonge par un positionnement stratégique sur les minéraux critiques : la Tanzanie a récemment tenu des entretiens avec l'UE autour de son nickel, se proposant comme « partenaire commercial alternatif et fiable » pour les matériaux essentiels à la transition énergétique européenne.
Le Golfe et l'Asie dans la stratégie tanzanienne
Parallèlement à l'axe européen, Dodoma intensifie ses liens avec le Golfe Persique. Le 29 septembre, la Tanzanie et le Qatar ont signé un accord de non-double imposition — une étape technique décisive pour sécuriser les flux d'investissements qatariens. Simultanément, une délégation omanaise visitait Dar es-Salaam. En Asie, la deuxième Commission mixte Vietnam-Tanzanie a lancé des coopérations concrètes dans l'agriculture, l'agro-transformation, les mines et l'économie marine. Le Vietnam décrit la Tanzanie comme « un pont vers l'Afrique de l'Est ».
Une stratégie multipolarité assumée
La Tanzanie affiche clairement sa volonté de « diversifier ses partenariats et sources d'investissement ». Cette multipolarité — Europe, Golfe, Asie, Afrique — réduit la dépendance à un seul bloc et ouvre des leviers de négociation. Sur le plan intra-africain, la Tanzanie renforce ses routes vers le Burundi et l'Afrique centrale via ses filières d'exportation — noix de cajou, coton, bois, minéraux — et développe la transformation locale du café et du nickel.
Pourquoi c'est important
Avec 68 projets à 30,1 milliards de dollars présentés aux investisseurs européens, et des accords fiscaux avec le Qatar qui sécurisent les capitaux du Golfe, la Tanzanie se dote d'une architecture diplomatico-financière cohérente. Pour l'Afrique de l'Est et l'Océan Indien, cette montée en puissance reconfigure les équilibres régionaux et crée des opportunités pour les entreprises qui souhaitent s'installer dans cette plaque tournante émergente. Le fait que la Tanzanie relie désormais Londres, Doha, Hanoï et Nairobi dans une même stratégie cohérente est une leçon de diversification que d'autres économies africaines gagneraient à étudier.
Sources : abcmoney.co.uk, TanzaniaInvest.com, EU-Tanzania Investment and Business Forum 2026-2027, 6-8 octobre 2026.