La saison de croisières 2025-2026 des Seychelles s'est clôturée avec le départ du MV Viking Yi Dun le 27 juin 2026, en laissant derrière elle un bilan record : 41 escales de navires de croisière, soit 6 de plus que lors de la saison précédente, dont 8 « maiden calls » — des premières escales d'opérateurs n'ayant jamais fait escale dans l'archipel. Des chiffres qui accompagnent le lancement de la toute première Stratégie Nationale de Tourisme de Croisière 2026-2033.
Une stratégie calibrée sur la valeur, pas sur le volume
Élaborée en partenariat avec la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (UNECA), la stratégie 2026-2033 marque un tournant délibéré : les Seychelles ne cherchent pas à maximiser le nombre de passagers débarquant sur leurs plages, mais à maximiser la valeur économique de chaque escale. L'archipel cible explicitement les navires de petite taille, les croisières de luxe, les expéditions et les segments premium — au détriment du mass market.
Les projections économiques justifient l'approche : selon les données UNECA, le tourisme de croisière devrait contribuer directement 531 millions de dollars au PIB seychellois entre 2026 et 2033, avec un impact total de 1,247 milliard de dollars en intégrant les effets multiplicateurs. Le retour sur investissement estimé de la stratégie nationale est de 205 %.
Réduire les fuites de revenus
Un des enjeux centraux identifiés dans la stratégie est la réduction des « revenue leakages » — la part de la dépense touristique qui quitte l'économie locale pour rémunérer des opérateurs étrangers, des navires battant pavillon étranger ou des approvisionnements importés. Selon les études menées, une réduction de seulement 10 % de ces fuites pourrait significativement augmenter le bénéfice net pour les Seychellois. La stratégie prévoit d'élargir les opportunités d'affaires pour les entrepreneurs locaux dans les zones portuaires et les circuits à terre.
Pourquoi c'est important
Les Seychelles font figure de modèle dans l'océan Indien en assumant publiquement un tourisme sélectif. Alors que d'autres destinations se disputent les géants des mers à coups de subventions portuaires, l'archipel parie que moins de passagers mais mieux ciblés génèrent plus de valeur et moins de pression environnementale. Dans un contexte de surtourisme mondial et de montée des préoccupations climatiques, ce positionnement pourrait devenir un avantage compétitif durable — et un modèle à méditer pour Maurice, La Réunion ou Madagascar.